Afghanistan : Critiqué de toutes parts, Joe Biden chute dans les sondages

ETATS-UNIS Le président américain, qui traverse une période de turbulences depuis l'offensive des talibans, tente de reprendre la main

Philippe Berry
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Le président américain Joe Biden le 23 août 2021 à la Maison-Blanche.
Le président américain Joe Biden le 23 août 2021 à la Maison-Blanche. — UPI/Newscom/SIPA

Que ce soit justifié ou pas, Joe Biden paie l’addition de vingt ans de politique américaine en Afghanistan. Face à l’offensive express des talibans et à l’effondrement des forces de sécurité afghanes, le monde entier a assisté aux scènes de panique à l’aéroport de Kaboul. Et si les évacuations ont fini par s’organiser tant bien que mal, Joe Biden recule fortement dans les sondages. Avec, pour la première fois de son mandat, autant d’Américains satisfaits par sa politique que de mécontents. Il y a un mois, sa cote de popularité était à +9.

Même si le retrait des troupes américaines a été négocié par Donald Trump, trois Américains sur quatre critiquent la gestion de l’administration Biden, selon un sondage publié par CBS ce week-end. Interrogé sur ces chiffres, le locataire de la Maison-Blanche s’est contenté de rire, dimanche. « Je pense que lorsque tout cela sera fini, les Américains comprendront clairement ce que j’ai fait », a-t-il déclaré. « C’est mon travail », a-t-il lancé aux journalistes. « Mon travail consiste à prendre des décisions que personne d’autre ne peut ou ne veut prendre. »

Interrogations sur le 31 août

Joe Biden est engagé dans une course contre-la-montre face à la date butoir d’un retrait définitif des troupes américaines censé être achevé le 31 août, mais qui pourrait être retardé pour poursuivre l’évacuation de dizaines de milliers d’Afghans. Alors que Londres et Paris réclament une prolongation de la présence des derniers soldats américains, Joe Biden semble laisser la porte entrouverte. « Nous espérons que nous ne devrons pas prolonger », a-t-il déclaré tout en ajoutant : « Il y aura des discussions, je pense. »

Lundi, les talibans ont prévenu que le 31 août était une ligne rouge, et qu’il y aurait des « conséquences » si « l’occupation » se prolongeait.

« Une capitulation », selon Donald Trump

A Washington, les républicains – mais également les médias – ont jugé sévèrement le manque apparent de préparation face à ce « désastre prévisible » et à « un chaos tragique ». L’administration Biden a « livré, comme c’était prévisible, un pays entier aux terroristes », avait notamment tonné le chef des républicains à la Chambre des représentants, Kevin McCarthy. En meeting électoral dans l’Alabama, Donald Trump en a rajouté une couche : « Le retrait raté d’Afghanistan est l’illustration de la plus grave incompétence d’un dirigeant de notre pays, peut-être de l’histoire. Ce n’était pas un retrait, c’était une capitulation. »

Absent médiatiquement aux premiers jours de la crise, Joe Biden tente de redresser le tir. En plus des points quotidiens du Pentagone, le président américain fait désormais régulièrement face aux journalistes. Lundi, la communication de la Maison-Blanche a souligné que, depuis le 14 août, 37.000 personnes avaient été évacuées d’Afghanistan. Sur la seule journée de dimanche, une trentaine d’avions militaires américains ont permis d’évacuer 10.400 personnes, auxquelles s’ajoutent 5.900 évacuations via 61 appareils de la coalition. Mais pour Joe Biden – et pour les Afghans –, le mal est déjà fait.