Afghanistan : Les talibans annoncent une offensive contre la vallée du Panchir

CONFLIT Depuis la prise de Kaboul par les talibans, une poche de résistance s’est formée dans la vallée du Panchir, longtemps connue comme un bastion de la rébellion

20 Minutes avec AFP
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Des talibans à Kaboul le 16 août 2021.
Des talibans à Kaboul le 16 août 2021. — CHINE NOUVELLE/SIPA

Les talibans au pouvoir ont lancé, ce dimanche, une offensive d’envergure contre la seule zone qui leur résiste encore, la vallée du Panchir, au nord-est de l'Afghanistan, au moment où les évacuations aériennes se poursuivent dans une atmosphère chaotique à l’aéroport de Kaboul.

« Des centaines de moudjahidines de l’Emirat islamique se dirigent vers l'Etat du Panchir pour le contrôler, après que des responsables locaux ont refusé de le remettre de façon pacifique », ont indiqué les talibans sur leur compte Twitter en arabe.

Le « Lion du Panchir »

Les talibans sont entrés le 15 août à Kaboul sans rencontrer de résistance, à l’issue d’une offensive éclair entamée en mai à la faveur du début du retrait des forces américaines et de l’Otan. Une poche de résistance s’est formée dans la vallée du Panchir, au nord-est de Kaboul, longtemps connue comme un bastion antitalibans. Ce Front national de résistance (FNR) est notamment emmené par Ahmad Massoud, fils du commandant Ahmed Shah Massoud assassiné en 2001 par Al-Qaida. Un porte-parole du FNR, Ali Maisam Nazary, a déclaré que le Front se préparait à « un conflit de longue durée » avec les talibans. Selon lui, des milliers d’Afghans ont rejoint la vallée du Panchir pour combattre le nouveau régime.

Des photos prises lors d’exercices d’entraînement montrent des véhicules blindés rouler à travers la vallée. « Les talibans ne dureront pas s’ils continuent ainsi. Nous sommes prêts à défendre l’Afghanistan et nous mettons en garde contre un bain de sang », a déclaré dimanche M. Massoud à la chaîne Al-Arabiya. En 1997, Ahmed Shah Massoud, légendaire chef de guerre surnommé « Le Lion du Panchir », avait fait sauter le tunnel de Salang, construit lors de l’invasion soviétique de l’Afghanistan (1979-1989), fermant ainsi la porte d’entrée de la vallée par le sud. Malgré de nombreuses tentatives, les talibans n’étaient jamais parvenus à s’emparer du Panchir.

Espérer un miracle

Pendant ce temps, le chaos a continué dimanche à régner dans l’aéroport de Kaboul, que des dizaines de milliers d’Afghans tentent toujours désespérément de quitter. Les talibans ont reproché aux Etats-Unis d’être responsables de la situation. Depuis leur entrée dans Kaboul le 15 août, les islamistes tentent de convaincre la population qu’ils ont changé, affirmant que leur politique sera moins brutale que lorsqu’ils étaient à la tête du pays de 1996 à 2001. Mais cela n’endigue pas le flot de ceux qui ne croient pas en leurs promesses et veulent partir. « L’Amérique, avec toute sa puissance et ses équipements (…), a échoué à ramener l’ordre à l’aéroport. Il y a la paix et le calme dans tout le pays, mais il n’y a que le chaos à l’aéroport de Kaboul (…) Cela doit cesser le plus tôt possible », a déclaré dimanche un haut responsable taliban, Amir Khan Mutaqi.

Sept Afghans sont morts dans cette gigantesque cohue à l’aéroport, a annoncé dimanche le ministère britannique de la Défense, sans dire s’il parlait d’un seul incident ou de plusieurs, ni quand cela avait eu lieu. Un journaliste, faisant partie d’un groupe d’employés de presse et d’universitaires qui a eu la chance d’accéder à l’aéroport dimanche, a décrit des scènes d’Afghans totalement désespérés s’accrochant à leur bus au moment où ils y pénétraient. « Ils nous montraient leurs passeports et criaient : "Emmenez-nous avec vous, s’il vous plaît emmenez-nous avec vous" », a raconté ce journaliste. Espérant toujours un miracle, des familles demeurent massées entre les barbelés qui entourent le périmètre séparant les talibans des troupes américaines, et l’accès à l’aéroport reste très difficile.