Afghanistan : L'opposition aux talibans dans le Panchir pourra-t-elle tenir ?

CONFLIT Cette zone située à une centaine de kilomètres au nord-est de Kaboul est considérée comme un bastion de la rébellion

M.A. avec AFP
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La vallée du Panjshir, en Afghanistan.
La vallée du Panjshir, en Afghanistan. — MARTY FRANZ J./SIPA
  • Après leur prise de pouvoir à Kaboul, le 15 août, les talibans contrôlent désormais la quasi-totalité de l’Afghanistan.
  • Mais la vallée du Panchir, bastion historique de la rébellion afghane, située à une centaine de kilomètres au nord-est de Kaboul, résiste pour le moment aux talibans.
  • Une résistance s’organise dans cette zone autour de l’ex-vice-président Amrullah Saleh et de Ahmad Massoud, le fils du défunt commandant Massoud.

Vingt ans après avoir été chassés du pouvoir, les talibans se sont emparés de Kaboul, le 15 août dernier, et contrôlent désormais la quasi-totalité de l’Afghanistan. Mais une seule région semble avoir résisté à cet assaut :  la vallée du Panchir.

C’est dans cette zone, difficile d’accès, que s’organise une résistance aux talibans. Où se situe-t-elle ? Pourquoi la résistance en a-t-elle fait son fief ? A-t-elle des chances d’aboutir ? 20 Minutes fait le point.

Pourquoi le Panchir est-il un bastion historique de la rébellion ?

Le Panchir est l’une des 34 vallées qui composent l’Afghanistan. Escarpée, montagneuse et très difficile d’accès, cette zone se situe à une centaine de kilomètres au nord-est de Kaboul, dans le massif de l’Hindou Kouch.

Considérée comme un bastion historique de la rébellion, cette vallée n’est jamais tombée aux mains des talibans pendant la guerre civile des années 1990, avant que ces derniers ne soient chassés du pouvoir par les Américains, ni une décennie plus tôt, durant l’occupation du pays par les Soviétiques.

« Lorsque les talibans ont pris Kaboul en 1996, le Panshir est l’une des rares régions qui a pu résister aux talibans. Dans la géographie politique afghane, c’est un endroit extrêmement important », a expliqué Gilles Dorronsoro, professeur de sciences politiques à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, spécialiste de l’Afghanistan et auteur en 2021 du livre Le gouvernement transnational de l’Afghanistan – Une si prévisible défaite, auprès de nos confrères de Franceinfo. Le père d’Ahmad Massoud, Ahmed Shah Massoud, surnommé le Lion du Panchir, avait été un héros de la résistance antisoviétique puis contre les talibans, avant d’être tué dans un attentat, deux jours avant les attaques du 11 septembre 2001.

Qui sont les acteurs de la résistance dans cette région ?

Si les talibans ont presque totalement pris le contrôle de l’Afghanistan, deux hommes se dressent encore sur leur chemin : Ahmad Massoud, le fils du célèbre commandant Ahmed Shah Massoud, assassiné en 2001 par Al-Qaïda, et l’ex-vice-président afghan, Amrullah Saleh, qui organisent la résistance depuis les terres du Panchir. En début de semaine, plusieurs images des deux hommes, semblant poser la première pierre de ce qui serait une rébellion contre le nouveau régime en place, ont été publiées sur les réseaux sociaux.

Mardi, l’ancien vice-président, Amrullah Saleh, lui-même natif du Panchir, a promis qu’il ne se soumettrait en aucun cas aux talibans, allant même jusqu’à se déclarer président légitime. « Conformément à la Constitution afghane, en cas d’absence, de fuite, de démission ou de mort du président, le premier vice-président devient le président par intérim. Je suis actuellement dans mon pays et je suis le légitime président par intérim. J’en appelle à tous les leaders pour obtenir leur soutien et le consensus », a-t-il écrit mardi en anglais sur son compte Twitter.

« Je ne décevrai pas les millions de personnes qui m’ont écouté. Je ne serai jamais sous le même toit que les talibans. JAMAIS », avait-il déjà tweeté dimanche, juste avant d’entrer dans la clandestinité.

Dans une tribune publiée dans la revue française La Règle du jeu, lundi, Ahmad Massoud a annoncé qu’il entendait résister aux talibans, affirmant vouloir faire « sien » le combat de son père, un héros de la résistance contre l’occupation soviétique, pour la liberté.  Dans une seconde tribune au Washington Post, il assure avoir été rejoint dans le Panchir par des soldats de l’armée afghane « dégoûtés de la reddition de leurs commandants », ainsi que par d’anciens membres des forces spéciales afghanes.

La région peut-elle redevenir le symbole de la résistance ?

Si cette résistance fait grand bruit, elle a pourtant peu de chances de prendre de l’ampleur et d’aboutir, a estimé auprès de l’AFP Gilles Dorronsoro : « La résistance est pour l’instant verbale, parce que les talibans n’ont pas cherché à pénétrer le Panchir. »

Car, pour le chercheur, la situation « est assez radicalement différente » que sous le commandant Massoud : « Autrefois, le commandant Massoud avait le Panshir, mais il contrôlait aussi le Nord-Est, c’est-à-dire qu’il avait accès à un sanctuaire, au Tadjikistan voisin. Aujourd’hui, le Panshir est totalement encerclé par des forces talibanes qui sont des forces locales. Il n’y a donc pas d’espace stratégique », a-t-il ajouté auprès de Franceinfo. Militairement, « cela ne va nulle part », selon le spécialiste. « Les talibans n’ont qu’à verrouiller le Panchir et voilà, même pas besoin d’y pénétrer véritablement. »