Incendie en Algérie : Le gouvernement accuse le Maroc et décide de revoir leurs relations

DIPLOMATIE Les relations entre les deux pays voisins vont indéniablement se dégrader encore un peu plus après les déclarations d’Alger

M.F avec AFP
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Des véhicules calcinés (illustration).
Des véhicules calcinés (illustration). — Fateh Guidoum / PPAgency/SIPA

Après les feux de forêts qui ont dévasté le nord de l’Algérie​ et fait près de 90 morts, le gouvernement a trouvé son responsable. « Les actes hostiles incessants perpétrés par le Maroc contre l’Algérie, ont nécessité la révision des relations entre les deux pays et l’intensification des contrôles sécuritaires aux frontières ouest », a indiqué mercredi la présidence algérienne dans un communiqué, sans autre précision. Rabat n’avait pas réagi en fin de soirée.

La décision a été prise lors d’une réunion extraordinaire du Haut conseil de sécurité algérien, présidée par le chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune et consacrée à l’évaluation de la situation. Selon le président Tebboune, la plupart de ces incendies étaient d’origine « criminelle », sans que ne soit présentée jusqu’à présent la moindre preuve. L’enquête a permis de « découvrir qu’un réseau criminel, classé comme organisation terroriste », est derrière les incendies, « de l’aveu de ses membres arrêtés », selon la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN).

Le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie visé

Au-delà des pertes humaines et matérielles, et des carences des pouvoirs publics mises en lumière lors de ces incendies, les Algériens ont été profondément choqués par le lynchage et l’immolation d’un homme accusé à tort de pyromanie en Kabylie, région berbérophone du nord-est du pays ravagée par les feux. Soixante et un suspects ont été arrêtés depuis le meurtre de Djamel Ben Ismaïl le 11 août.

Les dirigeants algériens ont accusé le MAK (Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie), une organisation indépendantiste, d’être responsable des incendies et de la mort ignominieuse du jeune homme. Certains des suspects arrêtés ont confessé appartenir au MAK, selon des aveux filmés et diffusés par les télévisions algériennes.

Le mouvement Rachad également accusé

« Le Haut conseil de sécurité a décidé (…) d’intensifier les efforts des services de sécurité pour l’arrestation du reste des individus impliqués dans les deux crimes, ainsi que tous les membres des deux mouvements terroristes qui menacent la sécurité publique et l’unité nationale, jusqu’à leur éradication totale, notamment le "MAK" qui reçoit le soutien et l’aide de parties étrangères, en tête desquelles le Maroc et l’entité sioniste [Israël] », selon la présidence algérienne. Basé à Paris, le MAK a rejeté ces allégations.

Alger a également mis en cause le mouvement islamo-conservateur Rachad établi à Londres. Ces deux mouvements, bêtes noires du pouvoir algérien, sont illégaux en Algérie, où ils ont été classés comme « organisations terroristes » le 18 mai dernier. « Assisterons-nous à une chasse à l’homme ? La Ligue algérienne des droits de l’homme (LADDH) appelle à la retenue, la clairvoyance et la sagesse », s’est inquiété le vice-président de la LADDH, Saïd Salhi, dans un communiqué.

Des relations déjà détériorées

Cet épisode consacre une nouvelle dégradation des relations conflictuelles entre Alger et Rabat. La frontière entre l’Algérie et le Maroc est officiellement fermée depuis le 16 août 1994. Il y a un mois, jour pour jour, Alger rappelait son ambassadeur à Rabat pour « consultations avec effet immédiat » à la suite de tensions diplomatiques entre les deux pays maghrébins occasionnées par le contentieux du Sahara occidental. Ce rappel a fait suite à « la dérive de la représentation diplomatique marocaine à New York qui a distribué une note officielle aux pays membres du mouvement des non-alignés dans laquelle le Maroc "soutient publiquement et explicitement un prétendu droit à l’autodétermination du peuple kabyle" », avait expliqué le ministère algérien des Affaires étrangères.

Durant une réunion du mouvement des non-alignés les 13 et 14 juillet à New York, l’ambassadeur du Maroc à l’ONU, Omar Hilale, avait fait passer une note dans laquelle il estimait que « le vaillant peuple kabyle mérite, plus que tout autre, de jouir pleinement de son droit à l’autodétermination ». Une ligne rouge pour Alger qui s’oppose à toute velléité indépendantiste de la Kabylie, région berbérophone du nord-est de l’Algérie. Le diplomate marocain avait alors exprimé son soutien au séparatisme kabyle en réaction à l’appui apporté par Alger aux indépendantistes sahraouis du Front Polisario qui combattent le Maroc.

Traditionnellement difficiles, les relations entre l’Algérie et son voisin marocain ont connu une récente dégradation en raison de l’épineux dossier du Sahara occidental. La normalisation des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël - en contrepartie d’une reconnaissance américaine de la « souveraineté » marocaine sur ce territoire – a encore avivé les tensions avec l’Algérie qui a dénoncé des « manœuvres étrangères » visant à la déstabiliser. De son côté, le Maroc considère l’Algérie comme « une partie prenante réelle du conflit » au Sahara occidental.