Crise en Afghanistan : Les propos d’Emmanuel Macron sur les migrants choquent la gauche

POLEMIQUE Le président a expliqué lundi soir que la France devait se protéger des « flux migratoires irréguliers » en provenance d’Afghanistan

M.F avec AFP
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Lundi 16 août 2021 à l'aéroport de Kaboul, des milliers d'Afghans pris au piège par la prise de contrôle soudaine de la capitale par les talibans se sont précipités sur le tarmac et se sont accrochés aux avions militaires américains déployés pour rapatrier des membres du personnel de l'ambassade américaine.
Lundi 16 août 2021 à l'aéroport de Kaboul, des milliers d'Afghans pris au piège par la prise de contrôle soudaine de la capitale par les talibans se sont précipités sur le tarmac et se sont accrochés aux avions militaires américains déployés pour rapatrier des membres du personnel de l'ambassade américaine. — Shekib Rahmani/AP/SIPA

Dans son discours prononcé lundi soir en réaction à la situation de chaos en cours en Afghanistan, Emmanuel Macron a affirmé que la France devait « anticiper » et se « protéger contre des flux migratoires irréguliers importants ». Alors que des vidéos sur les réseaux sociaux montrent des Afghans tentants, parfois au péril de leur vie, de quitter leur pays tombé aux mains des talibans et que la communauté internationale s’inquiète pour l’avenir et la liberté des femmes afghanes, ces propos ont choqué une partie de la classe politique.

Le député européen EELV Yannick Jadot, candidat à la primaire écologiste pour la présidentielle de 2022, s’est dit sur Twitter « sidéré d’écouter Emmanuel Macron déclarant que les femmes, les hommes et les enfants qui fuient l’enfer des Talibans sont d’abord une menace, des « migrants irréguliers », avant d’être des victimes et potentiellement des réfugiés ». « Et l’asile ? Et ces enfants, ces femmes, ces hommes qui fuient l’horreur ? », a lancé le secrétaire national d’EELV Julien Bayou. « Macron fait honte à la France », a affirmé le maire écologiste de Grenoble Eric Piolle, autre candidat pour la primaire.

Une réponse « sordide »

Lors de son allocution télévisée, le chef de l’Etat s’était justifié en expliquant que ces « flux migratoires irréguliers importants mettraient en danger ceux qui les empruntent et nourriraient les trafics de toute nature ». Emmanuel Macron a par ailleurs déclaré que « la France fait et continuera de faire son devoir pour protéger celles et ceux qui sont les plus menacés […]. Mais l’Afghanistan aura aussi besoin dans les temps qui viennent de ses forces vives et l’Europe ne peut pas à elle seule assumer les conséquences de la situation actuelle ».

« Comment rabougrir la France en une poignée de secondes », a affirmé le député LFI du Nord Adrien Quatennens, tandis que ses collègues de Seine-Saint-Denis Clémentine Autain et Eric Coquerel dénonçaient une réponse « sordide ». « « Flux migratoires irréguliers », c’est donc ce terme que les femmes et les hommes qui s’accrochent aux ailes des avions à Kaboul auront inspiré à Emmanuel Macron », a regretté le député ex-LREM Aurélien Taché, que le gouvernement avait chargé en 2017 d’un rapport sur l’intégration avant qu’il ne prenne ses distances avec la majorité.

« Emmanuel Le Pen ! »

« Quel cynisme. Quelle honte » s’est indignée la sénatrice socialiste Laurence Rossignol, tandis que son collègue Rémi Féraud jugeait cette intervention « digne d’un mauvais président de droite ». Il faut « protéger toutes celles et tous ceux qui relèvent désormais du droit d’asile », a affirmé le parton du PS Olivier Faure.

Devant le début de polémique, et alors que ses propos avaient été raillés par le lanceur d’alerte Edward Snowden d’un tweet lapidaire : « Emmanuel Le Pen ! », le chef de l’Etat avait précisé lundi peu avant minuit sur Twitter, à propos de ses déclarations « que certains veulent détourner », que « la France fait et continuera de faire son devoir pour protéger celles et ceux qui sont les plus menacés ». Vendredi dernier, l’Elysée avait promis « un effort exceptionnel » pour accueillir des personnalités afghanes menacées pour leur engagement en faveur des droits humains.