Afghanistan : Les réserves monétaires détenues à l’étranger, un moyen de pression contre les talibans

PRESSIONS ECONOMIQUES Pour l'administration Biden, « les actifs de la Banque centrale que le gouvernement afghan possède aux États-Unis ne seront pas mis à la disposition des talibans »

20 Minutes avec AFP
— 
Des dollars en vente dans la rue à Kaboul en 2015 (illustration).
Des dollars en vente dans la rue à Kaboul en 2015 (illustration). — Massoud Hossaini/AP

Si les talibans ont gagné la guerre sur le terrain en Afghanistan, cela va être plus dur sur le front économique. Il va leur être en effet difficile de mettre la main sur les milliards de dollars de réserves du pays. Celles-ci sont largement détenues à l’étranger, la grande inconnue restant la part se trouvant aux Etats-Unis.

« Les actifs de la Banque centrale que le gouvernement afghan possède aux États-Unis ne seront pas mis à la disposition des talibans », a assuré lundi un responsable de l’administration Biden. Au total, les réserves brutes de la Banque centrale afghane s’élevaient à 9,4 milliards de dollars fin avril, selon le Fonds monétaire international (FMI).

L’amertume du gouverneur de la Banque centrale

La fuite à l’étranger du président Ashraf Ghani laisse un goût amer au gouverneur de la Banque centrale afghane, Ajmal Ahmady. « Une fois le départ du président annoncé, je savais que le chaos s’ensuivrait en quelques minutes. Je ne peux pas lui pardonner d’avoir créé cela sans plan de transition », a-t-il tweeté lundi. « Cela n’aurait pas dû se terminer de cette façon. Je suis dégoûté par le manque de planification des dirigeants afghans. Je les ai vus à l’aéroport partir sans en informer les autres ».

Ajmal Ahmady, qui a reçu des menaces, a lui aussi fui le pays dimanche, expliquant avoir été « poussé » dans un avion militaire par ses proches collègues, après avoir tenté de stabiliser la monnaie au milieu de l’avancée des talibans. La Banque centrale avait été informée vendredi que « compte tenu de la détérioration de l’environnement, nous n’aurions plus d’expéditions en dollars », et il a rencontré samedi des banquiers et des courtiers pour les rassurer, a-t-il ainsi raconté.

Les Etats-Unis pourraient aussi tenter de bloquer l’aide prévue par le FMI et la Banque mondiale. Réduire l’aide pour tenter de mettre à genoux le régime en l’asséchant financièrement ne se fera pas sans heurts : « cela aura des conséquences sur le fonctionnement des écoles, des hôpitaux, des gouvernements », explique Vanda Felbab-Brown, spécialiste de l’Afghanistan à la Brookings Institution. Autre difficulté, les pays se rangeront dans deux camps distincts selon leurs intérêts : « ceux qui veulent couper tout afflux d’argent, les pays motivés par les droits de l’homme », face à « ceux qui veulent que l’argent continue de circuler pour des raisons stratégiques ou antiterroristes comme, par exemple, la Chine ».

Le FMI avait approuvé le 6 novembre 2020 un programme d’aide de 370 millions de dollars pour l’Afghanistan devant s’étaler sur 42 mois, avec un décaissement immédiat de 115 millions de dollars. Une seconde tranche d’un montant de 149,4 millions a été versée début juin. Il reste donc quelque 105,6 millions de dollars à verser. La Banque mondiale a, quant à elle, plusieurs projets de développement en cours dans le pays et a fourni 5,3 milliards de dollars à ce jour, surtout sous forme de subventions.