L'accès aux vaccins creuse les inégalités dans la reprise économique, selon le FMI

ECONOMIES « L’accès aux vaccins est devenu la principale ligne de rupture divisant la reprise mondiale en deux blocs », estime le FMI dans ses prévisions économiques mondiales

20 Minutes avec AFP
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Un homme se fait administrer le vaccin anti-Covid à Kaboul, en Afghanistan, dans le cadre du programme Covax.
Un homme se fait administrer le vaccin anti-Covid à Kaboul, en Afghanistan, dans le cadre du programme Covax. — Rahmat Gul/AP/SIPA

La reprise devrait être plus rapide qu’attendu dans les économies développées, mais plus lente pour les pays émergents, en raison notamment de l’accès inégal aux vaccins anti- Covid 19, prévient le FMI, qui maintient sa prévision de croissance mondiale de 6 % en 2021.

« L’accès aux vaccins est devenu la principale ligne de rupture divisant la reprise mondiale en deux blocs », a souligné mardi le FMI dans ses prévisions économiques mondiales actualisées, publiées mardi.

D’un côté, la plupart des économies avancées, qui ont accès aux vaccins et « peuvent s’attendre à une normalisation de l’activité cette année ». De l’autre, les pays qui n’y ont pas ou peu accès et « resteront confrontés à une résurgence des infections » au Covid-19.

Reprises inégales

Le produit intérieur brut (PIB) devrait donc progresser plus vite que prévu dans les économies développées, de 5,6 % en 2021 (0,5 point de plus que lors des dernières prévisions, en avril).

Par contraste, les marchés émergents et économies en développement devraient croître de 6,3 % cette année, une croissance forte mais moins qu’attendu (-0,4 point).

En cause notamment, le fort ralentissement attendu de la croissance en Inde, à 9,5 % (-3 points), pays ravagé par une résurgence du virus à cause du variant delta. La situation se dégrade aussi pour la Chine, à 8,1 % (-0,3 point).

« C’était déjà divergent et ça s’aggrave »

« L’amélioration pour les économies avancées (est) entièrement compensée par une dégradation pour les économies émergentes », a détaillé Gita Gopinath, économiste en chef du FMI, mardi matin lors d’une conférence de presse.

« C’était déjà divergent et ça s’aggrave » notamment à cause de « l’accès inégal à la vaccination » mais aussi du « soutien budgétaire (qui) est beaucoup plus facile à maintenir dans les économies avancées qui ont un accès facile au financement », a-t-elle précisé.

Ainsi, les Etats-Unis devraient connaître une croissance de 7 % cette année et de 4,9 % en 2022 grâce aux plans d’investissements massifs dans les infrastructures et les dépenses sociales qui pourraient être bientôt adoptés au Congrès. Idem dans la zone euro, où le plan de relance « Next Generation » devrait stimuler la croissance, désormais attendue à 4,6 % en 2021. La situation devrait également être meilleure que prévu au Royaume-Uni, avec un PIB en hausse de 7,0 %

.« Plus inquiets qu’en avril »

Près de 40 % de la population des économies avancées est entièrement vaccinée, contre 11 % dans les économies de marché émergentes et une infime fraction dans les pays en développement à faible revenu, détaille le FMI qui a récemment proposé un plan de 50 milliards de dollars pour vacciner au moins 40 % de la population mondiale d’ici la fin de l’année.

« Nous sommes plus inquiets que nous ne l’étions en avril », a même indiqué à l’AFP Petya Koeva Brooks, directrice adjointe du Fonds monétaire international (FMI). Le variant Delta « est une préoccupation importante. Même si nous en avons intégré une partie dans nos prévisions, il existe toujours un risque de baisse important, en fonction de l’évolution », a encore relevé Gita Gopinath.

Les variants, très contagieux, pourraient coûter 4.500 milliards de dollars à l’économie mondiale d’ici 2025, a-t-elle alerté dans un post de blog également publié mardi.

Inquiétude sur l'inflation

Autre source d’inquiétude, l’inflation. Le FMI estime qu’elle « devrait retourner à ses niveaux pré-pandémiques dans la plupart des pays en 2022 », malgré « le risque que des pressions transitoires puissent devenir plus persistantes ».

Elle devrait toutefois « rester élevée jusqu’en 2022 dans certains marchés émergents et économies en développement, en partie en raison des pressions continues sur les prix des denrées alimentaires et des dépréciations monétaires, créant ainsi un nouveau fossé », a encore souligné Gita Gopinath dans le blog.

Le FMI recommande aux banques centrales de maintenir leur soutien aux économies et ne pas essayer de contrer cette hausse des prix en resserrant leurs politiques monétaires dès maintenant. Il table désormais, pour les économies développées, sur 2,4 % d’inflation en 2021 (+0,8 point), et 5,4 % (+0,5 point) dans les pays en développement. A plus long terme, pour 2022, la prévision de croissance mondiale du PIB est relevée de 0,5 point, à 4,9 %.