Tunisie : Le président s’octroie le pouvoir exécutif, Ennahdha parle de « coup d’Etat »

CRISE POLITIQUE Après une journée de manifestations contre le principal parti au pouvoir, le président Kais Saied a gelé les travaux du Parlement pour 30 jours

20 Minutes avec AFP
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Que se passe-t-il en Tunisie? — 20 Minutes

La situation est tendue en Tunisie, le principal parti au pouvoir, Ennahdha, dénonce même un «  coup d'Etat ». Le président Kais Saied a décidé dimanche soir de geler les travaux du Parlement pour 30 jours et de s’octroyer le pouvoir exécutif, à l’issue d’une journée de manifestations. Les milliers de protestataires ont notamment réclamé la « dissolution du Parlement ».

Ce coup de théâtre ébranle la jeune démocratie tunisienne, qui fonctionne depuis l’adoption en 2014 d’une Constitution de compromis selon un système parlementaire mixte, dans lequel le président n’a comme prérogatives que la diplomatie et la sécurité. Des Tunisiens, exaspérés par les luttes de pouvoir et la gestion contestée de la crise sociale et sanitaire par le gouvernement, sont sortis dans la rue en dépit du couvre-feu, tirant des feux d’artifice et klaxonnant avec enthousiasme à Tunis et dans plusieurs autres villes.

Un long bras de fer

« Selon la Constitution, j’ai pris des décisions que nécessite la situation afin de sauver la Tunisie, l’Etat et le peuple tunisien », a déclaré Kais Saied à l’issue d’une réunion d’urgence au Palais de Carthage avec des responsables des forces de sécurité. « Nous traversons les moments les plus délicats de l’histoire de la Tunisie », a ajouté le chef de l’Etat, engagé depuis des mois dans un bras de fer avec Ennahdha.

« Ce n’est ni une suspension de la Constitution ni une sortie de la légitimité constitutionnelle, nous travaillons dans le cadre de la loi », a-t-il assuré, précisant que ces décisions seraient publiées sous forme de décret. De son côté, Ennahdha a fustigé « un coup d’Etat contre la révolution et contre la Constitution ». La formation islamiste a souligné que ses « partisans (…) ainsi que le peuple tunisien défendront la révolution ».

Le Premier ministre démis de ses fonctions

Depuis l’arrivée au pouvoir en 2019 d’une Assemblée fragmentée et d’un président farouchement indépendant des partis, élu sur fond de ras-le-bol envers la classe politique au pouvoir depuis 2011, le pays s’est enfoncé dans des crises politiques particulièrement insolubles. Kais Saied, qui prônait pendant sa campagne électorale une révolution par le droit et un changement radical de régime, a annoncé qu’il démettait de ses fonctions le chef du gouvernement Hichem Mechichi. Le président de la République « se chargera du pouvoir exécutif avec l’aide d’un gouvernement dont le président sera désigné par le chef de l’Etat », a-t-il ajouté.

« La Constitution ne permet pas la dissolution du Parlement mais elle permet le gel de ses activités », a déclaré le président, s’appuyant sur l’article 80 qui permet ce type de mesure en cas de « péril imminent ». Il a en outre annoncé lever l’immunité parlementaire des députés et promis de poursuivre les personnes impliquées dans des affaires judiciaires.