Cloggers, une espèce cambodgienne en voix d’apparition sur le Net…

CAMBODGE Internet et les blogs ont permis à la jeunesse cambodgienne de s'exprimer...

A Phnom Penh, Corinne Callebaut

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Un cyber-cafe au Cambodge.
Un cyber-cafe au Cambodge. — DR

On connaissait la blogosphère… Moins la clogosphère. Au Cambodge, elle est pourtant devenue le dernier salon où l’on ose. Et pour cause, dans un royaume où la censure a pignon sur médias, l’Internet s’est imposé chez les 15-35 ans comme un bastion de liberté d’expression. Une ressource que la jeunesse de la nouvelle classe moyenne, encore très minoritaire dans ce pays grevé par l’illettrisme et la pauvreté, consomme sans modération.

«Le gouvernement s’est encore très peu ouvert à l’internet, explique Tharum Bun, clogger très actif. Un fossé que l’usage de la langue anglaise dont se servent les cloggers creuse davantage.»


Plus qu’Internet, ce sont les blogs, ou plutôt les clogs (contraction de blog et Cambodge) que ces étudiants, artistes ou personnel d’ONG ont pris d’assaut. Sujets de société, sexe, politique, culture… tout ce qui, dans la société civile, se révèle tabou ou par tradition peu évoqué, trouve sa place en toile publique. Ainsi, pour la Saint-Valentin, fête fraîchement débarquée en royaume khmer, les cloggers ont posté des dizaines de billets, photos et autres poèmes en hommage à l’amour… Une nouveauté illustrant l’envie de laisser aller leur désir et de l’exprimer.

 
Menace de mort

Mais si la clogosphère fait la part belle aux sujets légers, elle demeure surtout un bastion de la liberté d’opinion, notamment politique, où les internautes n’hésitent pas à exprimer ce que beaucoup pensent tout bas sur la corruption ou l’atteinte aux droits de l’homme. A 24 ans, Sopheap Chak, une jeune étudiante, fait partie de ces cloggers activistes qui n’ont pas leur langue dans la poche

Au milieu de ses posts, qui évoquent aussi bien l’actualité internationale que la littérature, se trouvent également des billets plus corrosifs. Des propos qui dérangent parfois. Ainsi, en juillet 2006, à la suite d’un article sur les évictions forcées, elle reçoit une menace de mort anonyme. «Je ne vais pas me taire pour autant, affirme la jeune Cambodgienne. Si tout le monde garde le silence et tait ces intimidations, elles gagneront du terrain. C’est en faisant entendre notre voix que nous parviendrons au changement.»

«Dieu seul sait où cette censure s’arrêtera»

De son côté, le gouvernement commence doucement à s’intéresser à la Toile et prépare une loi de régulation. En outre, un premier site vient de voir son accès interdit car il présentait des photomontages d’Apsara, des danseuses traditionnelles, avec une généreuse poitrine dénudée. «Ce n’est qu’une forme de satire, explique Reahu, l’auteur de ces images. Si ce genre de liberté d’expression basique est bafouée, Dieu seul sait où cette censure s’arrêtera.» Une censure qui reste toutefois bien en-deçà de ce qui se pratique en Chine ou en Thaïlande.
 

Si la vigilance reste de mise, le clog semble tout de même promis à un bel avenir. D’autant plus que si peu de Cambodgiens ont un accès à un ordinateur, la plupart possède des portables. Or de nombreux spécialistes prédisent que le Cambodge devrait suivre l’exemple des autres nations d’Asie et voir exploser l’Internet mobile. De quoi alimenter l’optimisme des cloggers.