Projet Pegasus : Amnesty International demande un moratoire sur l'utilisation des technologies de cybersurveillance

ESPIONNAGE L’ONG Amnesty international demande ce samedi un moratoire sur la vente et l’utilisation des technologies de surveillance avant la mise en place d’un cadre réglementaire

20 Minutes avec AFP
La secrétaire générale d'Amnesty International Agnès Callamard, à Paris le 6 avril 2021.
La secrétaire générale d'Amnesty International Agnès Callamard, à Paris le 6 avril 2021. — hristophe Ena/AP/SIPA

Alors que les révélations sur le logiciel d'espionnage Pegasus se multiplient, l’ONG Amnesty international dénonce ce samedi « une crise des droits humains mondiale » et demande un moratoire sur la vente et l’utilisation des technologies de surveillance.

L’ONG alerte dans un communiqué sur « les effets dévastateurs sur les droits humains partout dans le monde d’un secteur de la cybersurveillance peu réglementé ».

« Un secteur dangereux qui opère depuis trop longtemps à la limite de la légalité »

Les révélations du projet Pegasus « montrent clairement les dangers et les préjudices auxquels sont exposées les personnes illégalement prises pour cible », a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.

La société israélienne NSO, qui a conçu le logiciel, « est une entreprise parmi d’autres. Il s’agit d’un secteur dangereux qui opère depuis trop longtemps à la limite de la légalité », déplore Amnesty.

« Il est absolument urgent que soient renforcés la réglementation du secteur de la cybersurveillance (…) et le contrôle de ce secteur très opaque », estime l’ONG.

Un moratoire immédiat

Amnesty International demande qu’un moratoire soit « immédiatement instauré sur l’exportation, la vente, le transfert et l’utilisation des technologies de surveillance jusqu’à ce qu’un cadre réglementaire respectueux des droits humains soit mis en place ».

« Le fait que de hauts responsables politiques aient eux-mêmes été pris dans les filets des technologies de surveillance va, espérons-le, alerter enfin les Etats du monde entier sur l’impérieuse nécessité de réagir en règlementant ce secteur », écrit l’ONG.

« Si des dirigeants de la planète sont ainsi pris pour cible, cela confirme davantage encore que les droits de toutes les personnes, notamment ceux des militant·e·s des droits humains, des journalistes et des avocat·e·s, sont en danger », souligne Amnesty.

Journalistes, personnalités politiques et militants ciblés

Introduit dans un smartphone, le logiciel Pegasus permet d’en récupérer les messages, photos, contacts, et d’activer à distance les micros.

Les organisations Forbidden Stories et Amnesty International ont obtenu une liste de 50.000 numéros de téléphone, sélectionnés par les clients de NSO depuis 2016 pour être potentiellement surveillés, et l’ont partagée avec un consortium de 17 médias qui ont révélé son existence dimanche.

La liste des cibles potentielles comprend les numéros d’au moins 180 journalistes, 600 hommes et femmes politiques, 85 militants des droits humains ou encore 65 chefs d’entreprise, d’après l’analyse du consortium – qui en a localisé beaucoup au Maroc, en Arabie saoudite ou encore au Mexique.

Le Monde et Radio France, membres du consortium, ont révélé qu’une ligne de téléphone d’Emmanuel Macron faisait partie des « numéros sélectionnés par un service de sécurité de l’Etat marocain (…) pour un potentiel piratage ».