Liban : Des violences éclatent après que le Premier ministre Saad Hariri a annoncé jeter l'éponge

GOUVERNEMENT Aucun accord n’a pu être trouvé avec le président Michel Aoun qui reste campé sur ses positions

M.F avec AFP
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Les partisans du Premier ministre désigné Saad Hariri qui a démissionné jeudi s'affrontent avec des soldats libanais à Beyrouth, Liban, le jeudi 15 juillet 2021.
Les partisans du Premier ministre désigné Saad Hariri qui a démissionné jeudi s'affrontent avec des soldats libanais à Beyrouth, Liban, le jeudi 15 juillet 2021. — Hussein Malla/AP/SIPA

Aveu d’échec. Neuf mois après sa nomination au poste de Premier ministre, Saad Hariri a annoncé jeudi qu’il renonçait à former un nouveau gouvernement libanais. Ce dernier devait mettre en place une équipe censée lancer des réformes indispensables pour débloquer notamment des aides internationales cruciales au Liban aujourd’hui confronté à  la pire crise socio-économique de son histoire. Après l’annonce de cette démission, des heurts ont éclaté dans la soirée entre les forces de sécurité et des dizaines de manifestants qui se sont rassemblés dans la foulée de cette annonce.

A Washington, on juge ce renoncement « décevant ». L’abandon de Saad Hariri « est une nouvelle déception pour le peuple libanais », a estimé le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken. « La classe politique libanaise a gaspillé les 9 derniers mois », a déploré le chef de la diplomatie américaine, qui appelle les dirigeants du pays du Cèdre à « mettre leurs différends de côté sans tarder ».

Blocage avec le Président Aoun

Saad Hariri a indiqué à la presse avoir rencontré jeudi le président Michel Aoun, qui réclamait des amendements à la liste du gouvernement auxquels il s’opposait. « Il est clair que la position (de Michel Aoun) n’a pas changé », a-t-il déclaré. « Je lui ai proposé plus de temps pour réfléchir et il a dit "Nous ne pourrons pas nous mettre d’accord". C’est pourquoi je me suis excusé de ne pas pouvoir former le gouvernement. » Depuis plusieurs mois, Saad Hariri reproche au président d’entraver la formation du gouvernement en insistant sur une « minorité de blocage » au sein de la prochaine équipe et en cherchant à imposer une répartition « confessionnelle et partisane » des portefeuilles.

La présidence a répondu dans un communiqué que Saad Hariri « n’était prêt à discuter d’aucun amendement ». « Quel est l’intérêt d’un jour supplémentaire si la porte des discussions est close ? » Michel Aoun doit désormais entamer des consultations pour choisir un chef de gouvernement. Les partis commenceront ensuite leurs traditionnels marchandages, souvent interminables, pour former un gouvernement dans ce pays multiconfessionnel mis en coupes réglées par les barons des diverses communautés.

« Un épisode dramatique de plus »

C’est « un épisode dramatique de plus dans l’incapacité des responsables libanais à trouver une issue à la crise », a réagi à l’ONU le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, déplorant une « autodestruction cynique ». Un porte-parole de l’ONU a de son côté réitéré l’appel de l’organisation « aux dirigeants politiques du pays à s’entendre rapidement sur la formation d’un nouveau gouvernement ».

Trois fois Premier ministre, Saad Hariri avait été désigné chef de gouvernement le 22 octobre 2020, un an après sa propre chute sous la pression d’un soulèvement populaire. Le gouvernement actuel, chargé des affaires courantes, a démissionné après l’explosion dévastatrice du port de Beyrouth le 4 août 2020, un coup de grâce pour une population déjà à genoux.

Plus de la moitié de la population vit actuellement sous le seuil de pauvreté et le pays, à court de devises, fait face à de nombreuses pénuries (médicaments, carburant, électricité, etc.). La livre libanaise n’a cessé de dégringoler sur le marché noir, entraînant une hausse massive des prix. Officiellement arrimée au dollar, à 1.507 livres pour un billet vert, elle se vendait plus de 20.000 livres pour un dollar après l’annonce de Saad Hariri, contre 19.700 jeudi matin.