Expulsées du Soudan, les ONG s'estiment «victimes d'un amalgame»

SOUDAN Une dizaine d'organisations doivent quitter le Darfour suite à l'émission du mandat d'arrêt contre le président el-Bechir...

M.Descamps et F.Vincent (avec agence)

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Le programme alimentaire mondial des Nations unies distribue de la nourriture chaque mois à 2 millions de réfugiés au Darfour (Soudan). 
Le programme alimentaire mondial des Nations unies distribue de la nourriture chaque mois à 2 millions de réfugiés au Darfour (Soudan).  — CHABOD/EUROPHEBUS/SIPA

Une première escale à Khartoum, puis ce sera le retour à Paris pour les humanitaires de Médecins sans Frontières (MSF). Comme une dizaine d'autres organisations non gouvernementales, MSF a reçu un avis d'expulsion des autorités soudanaises. C'est le revers de la médaille, après que la Cour pénale internationale a décidé, mercredi, de lancer un mandat d'arrêt contre le Président encore en fonctions, Omar el-Béchir. «Nous sommes victimes d'un amalgame entre une décision politique et le travail des ONG», s'insurge Gabriel Trugillo, responsable du Soudan pour MSF, joint par 20minutes.fr.

Ce sont des officiers soudanais qui sont venus remettre en mains propres la lettre d'expulsion aux bureaux de l'organisation au Darfour. Le matériel a été saisi, les bureaux fermés. «Il n'y a aucune possibilité de négocier. Nous avons été reçus à Khartoum le 1er mars où les autorités nous avaient informés d’une évacuation des humanitaires pour des questions de sécurité», explique Gabriel Trugillo. «Puis mercredi, nous avons reçu un avis d’expulsion directement lié à la décision de la CPI. Mais nous ne désespérons pas de revenir dans les prochaines semaines». Même chose procédure pour Action contre la Faim: «nos bureaux ont été mis sous scellés», confie Elise Rodriguez, porte-parole de l'organisation.

Des risques sanitaires

Toutes ONG confondues, ce sont près de quatre cents personnes qui vont quitter le pays, laissant la population seule. Quatre millions de personnes vivent au Darfour, une région en proie à une guerre civile depuis 2003. Plusieurs hôpitaux, gérés par les ONG, ont déjà dû être fermés, les réseaux de distribution d'eau et de nourriture arrêtés, les campagnes de vaccinations annulées. «Il y a, depuis quelques semaines, une recrudescence des cas de méningites au Darfour, nous avions prévu de lancer une campagne de vaccination. Elle n'aura pas lieu et une épidémie risque de se développer», souligne le responsable de MSF.

>> A lire également: Le témoignage d'un réfugié du Darfour en France, ici

Parmi les ONG concernées, des organisations françaises et étrangères telles que Solidarités et Action contre la Faim (ACF), le Conseil Norvégien des réfugiés (NRC), les organisations américaines Care, IRC, Mercy Corps et CHF ainsi que les britanniques d'Oxfam et Save the Children. «Cela représente près de la moitié» des programmes de l'ONU sur le terrain, a déclaré un haut responsable de l'ONU sous le couvert de l'anonymat. Ces associations humanitaires intervenaient majoritairement au Darfour, région de l'ouest du Soudan en proie depuis 2003 à la guerre civile. «Nous sommes très inquiets sur le sort de la population du Darfour. Elle vit sous perfusion humanitaire. Qu’est-ce qu’il va se passer pour les gens qu’on aide?», s'interroge la porte-parole d'ACF. «Tout le monde est dans l’expectative. Mais nous ne sommes pas optimistes».

Population en péril

La France a aussitôt réagi à l'annonce des expulsions en demandant jeudi au Soudan de revenir sur sa décision, soulignant que l'interruption de leurs activités «mettrait immédiatement en péril» les populations qu'elles aident. «La poursuite des opérations humanitaires au Darfour est vitale pour les plus de 4 millions de personnes qui en dépendent, en particulier les 2,5 millions de déplacés», a déclaré le porte-parole adjoint du ministère français des Affaires étrangères, Frédéric Desagneaux, soulignant que «l’interruption des activités des principaux opérateurs humanitaires intervenant au Darfour mettrait immédiatement en péril ces populations».

«La protection des populations du Darfour est en jeu et impose que l’ensemble des acteurs, à commencer par les autorités soudanaises, fassent preuve d’esprit de responsabilité. Nous leur demandons de se conformer au droit international humanitaire pour éviter que le drame humanitaire ne s’aggrave», a dit Frédéric Desagneaux.

Les risques de voir les combats reprendre dans la région n'est pas improbable. Les rebelles du Darfour ont salué dans un rare moment d'unanimité le mandat d'arrêt, laissant ainsi présager de nouveaux combats dans la région. «Nous allons prendre les mesures nécessaires pour livrer le président soudanais à la justice internationale», a affirmé la faction «Unité» de l'Armée de libération du Soudan (SLA).