La justice internationale frappe un grand coup contre Khartoum

Armelle Le Goff

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La Cour pénale internationale (CPI) passe à l'offensive. Hier, elle a délivré un mandat d'arrêt contre le président soudanais, Omar Al-Bachir, pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour. En revanche, l'accusation de génocide n'a pas été retenue à l'encontre du chef d'Etat, contrairement à ce qu'avait demandé le procureur Luis Moreno-Ocampo. Mais qu'importe, « cette décision est une victoire pour les victimes » du conflit au Darfour, a estimé l'ONG Human Rights Watch (HRW). Selon la CPI, dans cette région située dans l'ouest du Soudan, 350 000 civils auraient été tués par l'armée régulière appuyée par les milices janjawid, près de 3 millions de personnes auraient été déplacées et 100 000 d'entre elles auraient « péri de mort lente » dans les camps.

Mais dans quelle mesure ce mandat sera-t-il suivi d'effets ? En dépit des déclarations du procureur de la CPI affirmant que « le gouvernement soudanais est obligé par le droit international d'exécuter le mandat d'arrêt sur son territoire », Khartoum a immédiatement fait savoir que, pour elle, ce mandat resterait lettre morte. « Cette stratégie devrait néanmoins trouver son point de rupture dès qu'Al-Bachir quittera le territoire soudanais, considère Patrick Baudouin, président d'honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), car les Etats ont une obligation de coopération avec la CPI. »

Mise en place en 2002, la juridiction de La Haye enquête depuis 2005 sur les crimes commis au Darfour, en vertu d'une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU. « Aujourd'hui, il appartient donc à la communauté internationale d'assumer ses responsabilités pour faire appliquer la loi et protéger les civils soudanais », plaide Patrick Baudouin. De nombreuses voix se sont, en effet, élevées pour s'inquiéter des conséquences de ce mandat sur la population. Les autorités soudanaises ont d'ailleurs expulsé, hier, une dizaine d'ONG. Quant à Médecins sans frontières, il a évacué son personnel pour des raisons de sécurité. ■