Rush Limbaugh, l'homme qui fait trembler les républicains

POLEMIQUE Leur chef s’excuse, les démocrates en rajoutent, les médias adorent ça...

Philippe Berry

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Rush Limbaugh, en couverture de Time Magazine, en 1995
Rush Limbaugh, en couverture de Time Magazine, en 1995 — DR
De notre correspondant à Los Angeles


Voilà le retour de l’ennemi n°1. Impossible de zapper sur CNN ou Fox News cette semaine sans entendre ce nom: Rush Limbaugh. «Va-t-il trop loin», «Est-il le véritable chef des républicains?», «Michael Steele a-t-il eu raison de s’excuser»... Retour sur un feuilleton politico-médiatique.

 
«J’espère qu’Obama se plantera»
 

Rush Limbaugh [lim-bo], c’est la voix du conservatisme décomplexé, tendance réac/populo/démago. Chaque semaine, entre 14 et 17 millions d’Américains écoutent les trois heures quotidiennes de son talk-show radio et ses tirades bourrées de red meat (viande rouge) contre «Obama le socialiste et les MSM (mainstream media) à sa botte».

 

Vendredi dernier, Rush répète des propos qu’il a tenus a plusieurs reprises: «Le vilain petit secret, c’est que chaque républicain dans ce pays espère qu’Obama se plante, mais aucun n’a la courage de le dire. Alors je vais le faire: "J’espère qu’Obama se plantera"».

 
 

Evidemment, les démocrates s’offusquent aussitôt, sur le refrain «il faut vraiment être antipatriotique pour souhaiter cela». Et plusieurs d’entre eux (dont Rahm Emanuel, le très rugueux chief of staff d’Obama) commencent à présenter Rush Limbaugh comme «le véritable chef de file» des républicains. Un piège dans lequel Michael Steele, tout fraîchement élu à la tête du RNC, le Comité national républicain (plateforme qui gère notamment la logistique pour promouvoir les idées du parti et dont la direction est souvent confiée à un homme de  l'ombre), tombe comme un bleu.

 
Interrogé sur le thème «Rush, chef du parti» sur CNN samedi soir, Steele, un républicain plutôt modéré, se lâche: «Non, le chef, c’est moi. Rush Limbaugh est un amuseur, son show parfois incendiaire et déplorable».
 

Pardon? Incendiary and ugly? On n’insulte pas le roi de la radio, dont le contrat a été renouvelé l’été dernier pour 400 millions de dollars sur huit ans, comme ça. Surtout que d’autres s’y mettent, comme le gouverneur républicain de Caroline du Sud, Mark Sanford, qui estime qu’il faut être «idiot» pour souhaiter qu’Obama se plante.

 
Excuses
 

Lundi, Rush se fâche tout rouge. «Michael Steel. Vous êtes à la tête du RNC, pas le chef du parti républicain. Pourquoi revendiquez-vous être le chef des républicains quand vous semblez tellement obsédé par voir la politique d’Obama réussir». Il poursuit, de cette voix façonnée au cigare et au bourbon: «Je ne suis pas le chef du parti républicain. Vu l’état du parti (à peu près aussi divisé que le PS français, ndr), si je l’étais, je me ferais hara-kiri.»

 
 

Steele s’excuse, à plat ventre. «Mon intention n’était pas d’attaquer Rush, j’ai énormément de respect pour lui. J’ai réécouté mes mots et j’ai réalisé qu’ils ne traduisaient pas ce que je pensais. Je ne voulais pas tenter de diminuer le leadership de Rush dans le parti». Le gouverneur de Caroline du sud fait également savoir que son «idiot» ne visait «personne en particulier». Du pain béni pour les démocrates. James Carville, stratège du parti relève malicieusement sur CNN que ces excuses sont «une preuve de plus de qui est le boss». Un site internet lancé mercredi propose lui de fabriquer son excuse à Rush.

 
Obama invité à débattre
 

Dans un passionnant article, le site Politico.com revient sur les coulisses de la nouvelle stratégie des démocrates, en quête d’un épouvantail pour remplacer George W. Bush. Sarah Palin exilée dans le froid de l’Alaska, qui de mieux que Rush Limbaugh, dont «Time Magazine» demandait en 1995 s’il était «bon pour l’Amérique»? (il fut la voix la plus vigoureuse contre la présidence de Bill Clinon)

 
Car au-delà de son idéologie qui repousse les indépendants et les républicains modérés, on ne compte plus les dérapages borderline misogynes et racistes d’un animal marié et divorcé trois fois, qui avait dû confesser son addiction aux painkillers. Florilège des Rushismes:
  • «Le féminisme a été inventé pour permettre aux femmes peu attractives d’accéder plus facilement à des positions d’importance dans la société»
  • «Je ne dis pas qu’il faut rétablir l’esclavage mais qu’il avait ses mérites. Les rues sombres étaient plus sûres»
  • En plein débat sur les cellules souches, il avait accusé l’acteur Michael J. Fox d’avoir «exagéré» ses tremblements liés à la maladie de Parkinson dans un spot publicitaire.
 
 

Une chose est sûre: avec les démocrates, Rush Limbaugh est le premier bénéficiaire de cette polémique. Il vit pour provocation. Il vit de la provocation. Sa dernière, toute fraîche de mercredi? Proposer à Barack Obama de débattre avec lui.


Connaissiez-vous le personnage? Est-il embarassant pour le parti républicain? Ou sa liberté de parole est-elle bonne pour le débat?