Brexit : Des enfants européens placés au Royaume-Uni pourraient devenir sans-papiers

IMBROGLIO Les ressortissants de l’UE déjà présents sur le sol britannique au 31 décembre doivent s’enregistrer d’ici le 30 juin. Mais les démarches sont difficiles pour les enfants placés

20 Minutes avec AFP
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Un homme avec un drapeau britannique, à Belfast le 8 avril 2021.
Un homme avec un drapeau britannique, à Belfast le 8 avril 2021. — Peter Morrison/AP/SIPA

Mais que vont devenir les enfants européens placés outre-Manche ? Les conséquences du Brexit pourraient en effet être dramatiques pour eux. Ils vivent au Royaume-Uni où ils ont été placés dans des foyers ou des familles d’accueil. Certains de ces enfants risquent désormais de devenir sans-papiers.

« Cela signifie qu’ils n’auront pas le droit de vivre au Royaume-Uni », avertit Marianne Lagrue, une responsable de l’association Coram Children’s Legal Centre qui leur vient en aide. « Ils ne pourront pas accéder aux soins de santé gratuits, travailler, recevoir des allocations, louer un logement, apprendre à conduire et détenir un compte en banque », explique-t-elle.

Des démarches complexes pour les enfants

A 18 ans, ils risquent aussi l’expulsion d’un pays où ils résident. Car depuis que le Royaume-Uni a définitivement quitté l’UE le 1er janvier dernier, il n’est plus possible de s’y installer librement ou de continuer à y résider sans démarches particulières. Si les règles migratoires ont été durcies pour les nouveaux arrivants de l’UE, ceux qui étaient déjà présents au 31 décembre 2020 peuvent conserver leurs droits à condition de s’enregistrer, le 30 juin au plus tard, via le settlement scheme. Ce programme est considéré comme une « réussite » par le gouvernement, avec quelque cinq millions de permis de résidence temporaires ou définitifs octroyés, soit bien plus que le nombre de ressortissants européens auparavant estimé à plus de trois millions.

Mais il a aussi ses laissés-pour-compte. « C’est simple si vous avez un emploi, que vous vous débrouillez bien avec les technologies numériques (les demandes se faisant principalement en ligne) et que vous avez tous vos documents », constate Azmina Siddique, de l’association The Children’s Society. C’est par contre beaucoup plus complexe pour les enfants placés ou les jeunes majeurs l’ayant été : certains peinent à prouver leur identité ou obtenir le soutien nécessaire à leurs démarches, qui incombent à leur tuteur légal.

Le nombre d’enfants concernés ne peut être qu’estimé

En outre, il est difficile de connaître leur nombre exact, les nationalités des enfants placés n’étant pas recueillies au Royaume-Uni, où la carte d’identité n’existe pas. Selon le ministère de l’Intérieur, 3.660 jeunes vulnérables (jusqu’à 25 ans) ont été identifiés comme éligibles au statut de résident, dont 67 % avaient soumis une demande à fin avril. Un chiffre largement sous-évalué selon les associations qui évoquent jusqu’à 9.000.

Le ministère assure travailler « étroitement » avec ces associations avec notamment un soutien de 22 millions de livres (25,6 millions d’euros). Il a aussi promis d’accepter les demandes tardives s’il existe des « motifs raisonnables ». C’est insuffisant, regrette Azmina Siddique : dès le 1er juillet, les enfants ayant raté l’échéance seront « sans protection » jusqu’à ce qu’une demande de régularisation ait été soumise puis acceptée. Il reste désormais très peu de jours pour trouver une solution.