Qui sont les auteurs de l'attaque de Lahore?

PAKISTAN Groupes islamistes, Tigres tamouls, services de renseignements indiens, les hypothèses sont nombreuses, ce mardi...

Catherine Fournier (avec agence)

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Six policiers et deux civils ont été tués mardi dans une attaque contre l'équipe de cricket du Sri Lanka à Lahore, dans l'est du Pakistan
Six policiers et deux civils ont été tués mardi dans une attaque contre l'équipe de cricket du Sri Lanka à Lahore, dans l'est du Pakistan — Str AFP

Alors que l’attaque de Lahore, au Pakistan, n’a toujours pas été revendiquée, on ignore tout des auteurs de l’attentat. 20minutes.fr fait le point sur les différentes pistes évoquées.

Les Tigres tamouls?

Le Pakistan a soutenu le Sri Lanka dans sa lutte contre les rebelles séparatistes tamouls dans le nord-est de l'île. «J'ai entendu que les LTTE (Tigres de libération de l'Eelam tamoul) avaient été mentionnés sur les ondes: il y a énormément de spéculation, mais nous attendrons les conclusions de l'enquête avant de faire un commentaire», a déclaré le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères sri-lankais, Palitha Kohona, depuis Colombo. «Ce serait nouveau que les Tigres tamouls opèrent en dehors du Sri Lanka ou de l'Inde», analyse pour 20minutes.fr Jean-Luc Racine, directeur de recherches au CNRS et spécialiste du Pakistan. Très affaiblis, les LTTE chercheraient ainsi à démontrer qu'ils peuvent encore agir.

Les services de renseignement indiens?

Au Pakistan, nombreux sont ceux qui voient dans cet attentat une revanche de l'Inde après les attentats de Bombay en novembre 2008 (174 tués, dont neuf assaillants). «Nous soupçonnons le Research and Analysis Wing (RAW)», les services de renseignement indiens, «d'être derrière ces attaques», a ainsi déclaré à l'AFP un responsable des services de sécurité pakistanais. «Lahore pourrait être une riposte aux événements de Bombay, pour lesquels l'Inde nous a accusés», a-t-il ajouté.

Un des nombreux groupes extrémistes pakistanais

C'est la piste la plus crédible, selon les autorités pakistanaises et les experts. Islamabad a été prompt à comparer l'attaque de Lahore avec les spectaculaires attentats en Inde. A Bombay, il s'agissait d'«une opération commando et celle-ci est aussi une opération commando», a affirmé Khaled Farooq, le chef de la police de la province du Pendjab en relevant des similitudes tactiques. Autre point commun, relevé par Jean-Luc Racine: le fait de viser des étrangers, avec l'impact médiatique qui en résulte.

Après les attaques sur son territoire, l'Inde avait accusé le groupe islamiste Laskhar-e-Taïba, basé au Pakistan et engagé dans une insurrection anti-indienne au Cachemire. Le Pakistan avait d'ailleurs reconnu en février que ces attentats avaient été «en partie» ourdis sur son territoire. «Des responsables du groupe islamiste ont été arrêtés. L'attaque aurait ainsi pu être menée comme une mesure de rétorsion», souligne Jean-Luc Racine.

Au Pakistan, on privilégie la filière terroriste classique. Le chef de la police du Pendjab a expliqué que les assaillants «semblaient être pachtounes», l'ethnie qui peuple les régions du nord-ouest du pays, frontalières de l'Afghanistan et dont sont originaires les talibans. Ces extrémistes liés au réseau Al-Qaida sont soupçonnés d'être responsables d'une vague d'attentats qui ont fait plus de 1.600 morts au Pakistan depuis juillet 2007.

Une volonté de déstabiliser l’Etat pakistanais

Pour Jean-Luc Racine, l'attaque de mardi reflète surtout le fait que «le pouvoir de l'Etat au Pakistan se dilue face à une prolifération d'opérations terroristes, aussi bien dans les zones tribales, dans la vallée de Swat, que dans les grandes villes.» «Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'attentat a été perpétré à Lahore, capitale d'un Etat (le Pendjab) dont le chef du gouvernement provincial vient de se voir destitué», ajoute le spécialiste.

Un avis partagé par l'analyste politique pakistanais Hasan Askari. Selon lui, l'attentat semble surtout porter la signature d'insurgés cherchant à déstabiliser le fragile gouvernement civil pakistanais en place depuis mars 2008. «Les soupçons se portent sur les extrémistes, a-t-il déclaré à l'AFP. Cette attaque avait pour but d'embarrasser le Pakistan, de montrer au monde que ces groupes sont puissants et le gouvernement inefficace.»

«Le Pakistan est en train de payer la politique ambiguë de l'ex-président Pervez Musharraf, ajoute Jean-Luc Racine. Il a restreint les activités des Laskhar-e-Taïba et des talibans sans démanteler ces groupes. Aujourd'hui, il est possible que certains membres des services spéciaux pakistanais aient gardé des liens avec eux, même si l'armée et le pouvoir luttent officiellement contre le terrorisme. D'un autre côté, certains gouvernements locaux, comme dans la vallée de Swat, sont prêts à faire des concessions avec les islamistes. Tout cela provoque un grave imbroglio.» Qui, selon le spécialiste, pourrait se terminer par un coup d'Etat militaire.