Coronavirus en Angleterre : Non, la majorité des décès liés au variant Delta n'a pas été enregistrée chez des personnes entièrement vaccinées

FAKE OFF Une capture d'écran du « Guardian » avec le titre « Pourquoi la plupart des gens qui meurent actuellement du Covid ont été vaccinés » circule. Ce titre ne reflète pourtant pas la réalité des chiffres

Mathilde Cousin
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Un panneau signalant des restrictions temporaires liées au Covid-19, à Londres, le 12 juin.
Un panneau signalant des restrictions temporaires liées au Covid-19, à Londres, le 12 juin. — Stephen Chung/LNP/Shutterstock/SIPA
  • Une capture d’écran du Guardian avec le titre « Pourquoi la plupart des gens qui meurent actuellement du Covid ont été vaccinés » circule depuis plusieurs jours. Il s’agit d’une tribune qui s’intéresse aux décès liés au variant Delta.
  • Toutefois, une majorité des personnes mortes en Angleterre entre le 1er février et le 21 juin de ce variant n’étaient pas ou étaient seulement partiellement vaccinées, selon Public Health England.

Le Guardian a-t-il fait un lien entre le variant Delta et la vaccination anti-covid ? C’est ce que laisse penser une capture d’écran du journal britannique qui circule depuis dimanche. On y voit seulement ce titre : « Pourquoi la plupart des gens qui meurent actuellement du Covid en Angleterre ont été vaccinés. »

Le titre, toutefois, est un raccourci. En se rendant sur le site du Guardian, on peut lire, immédiatement sous le titre, cette précision des auteurs : « N’y voyez pas un mauvais signe, c’est exactement ce que l’on attend d’un vaccin efficace mais imparfait. »

N'y voyez pas un mauvais signe, c'est exactement ce que l'on attend d'un vaccin efficace mais imparfait.
N'y voyez pas un mauvais signe, c'est exactement ce que l'on attend d'un vaccin efficace mais imparfait. - Capture d'écran Twitter

Cette capture d’écran a été relayée par plusieurs internautes, dont le musicien Francis Lalanne. « Ça vient des médias, pas des " complotistes " », a-t-il commenté.

FAKE OFF

Cet article a été publié dans les pages d’opinion du Guardian. La tribune est signée par David Spiegelhalter, le président d’un centre rattaché à l’université de Cambridge qui s’intéresse à la communication des risques, et Anthony Masters, ambassadeur statistique à la Société royale de statistiques. Ils publient un billet hebdomadaire sur le coronavirus depuis le 24 février.

Si le titre parle du Covid-19, la tribune se concentre en revanche uniquement sur le variant Delta et les chiffres publiés le 25 juin par Public Health England (PHE). Or, ces chiffres montrent qu’une majorité des décès causés par ce variant en Angleterre entre le 1er février et le 21 juin l’était chez des personnes non vaccinées ou partiellement vaccinées (avec une seule dose), contrairement à ce que laisse penser le titre.

Sur cette période, PHE a constaté que chez les 117 personnes décédées de ce variant du Covid-19, 43 % (50 personnes) avaient reçu deux doses de vaccins. Une majorité n’était pas vaccinée (44 personnes) ou l’était partiellement (20 personnes). PHE ne précise pas le statut vaccinal de trois personnes.

Comment expliquer malgré tout que 43 % des décès aient été enregistrés chez des personnes complètement vaccinées ? Les deux spécialistes expliquent que cette donnée n’est pas nécessairement préoccupante. « Imaginez un monde où absolument tout le monde aurait reçu un vaccin qui ne soit pas parfait. Bien que le taux de mortalité soit faible, toutes les personnes décédées auraient été entièrement vaccinées. » Un moyen de souligner que les vaccins contre le Covid-19 permettent de réduire très fortement la mortalité, sans toutefois l'empêcher totalement, chez certaines populations.

Aucun décès du variant Delta enregistré chez les moins de 50 ans entièrement vaccinés

Autre observation de Public Health England : très peu de décès ont été enregistrés chez les moins de 50 ans. Aucun décès n’a été enregistré chez les moins de 50 ans complètement vaccinés, alors que six l’ont été chez ceux qui n’avaient reçu aucune dose de vaccin. Deux l’ont été chez des personnes de cette classe d’âge qui n’ont reçu qu’une dose de vaccin.

Les 109 autres décès ont été enregistrés chez les plus de 50 ans. Parmi ces décès, PHE a recensé une majorité de personnes non vaccinées (38 personnes) ou partiellement (18), ce qui représente un total de 56 personnes.

50 décès ont été enregistrés chez des personnes ayant reçu deux doses, pour 3.546 cas de variant Delta enregistrés sur cette période dans cette population.

Comment expliquer cette différence entre les moins et plus de 50 ans ? Comme le notent les auteurs de cette tribune, « le risque de mourir de Covid-19 dépend extraordinairement de l’âge ». Celui « diminue de moitié » tous les six à sept ans, détaillent-ils : « Cela signifie qu’une personne âgée de 80 ans entièrement vaccinée assume essentiellement le risque d’une personne non vaccinée d’environ 50 ans – beaucoup plus faible, mais pas encore nul, et nous pouvons donc nous attendre à quelques décès. »

De plus, PHE donne très peu d’informations sur le profil des personnes atteintes par ce variant : l'agence ne précise pas, par exemple, si elles étaient immunodéprimées, ni ne donne leur âge exact.

Une majorité des personnes contaminées non vaccinées

Si l’on regarde l’ensemble des contaminations par le variant Delta en Angleterre sur cette période, les personnes non vaccinées représentent la grande majorité (58 %) des cas : PHE a comptabilisé, en tout, 92.029 cas de ce variant en Angleterre sur cette période, dont 53.822 chez des personnes non vaccinées.

Seuls 7,8 % des cas concernaient des personnes qui avaient reçu deux doses de vaccin. 6,8 % des personnes infectées avaient reçu une dose de vaccin il y a moins de 21 jours et 15 % avaient reçu une dose de vaccin il y a plus de 21 jours. Pour ces deux derniers cas de figure, la vaccination était incomplète.

Au 28 juin, 37 millions d’Anglais avaient reçu une première dose de vaccin et près de 28 millions une seconde dose.