Des dollars, à défaut d'horizon politique

Faustine Vincent

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C'est la deuxième fois en moins de deux ans que la communauté internationale se réunit pour tenter de venir en aide aux Palestiniens. Hier, 75 délégations du monde entier se sont retrouvées à Charm el-Cheikh, en Egypte, pour apporter leur soutien à l'économie palestinienne et reconstruire Gaza, en ruine après l'offensive israélienne « Plomb durci » de décembre et janvier, qui a fait 1 300 morts. L'Autorité palestinienne, dirigée par Mahmoud Abbas, a obtenu près de 4,5 milliards de dollars de promesses d'aide pour les deux prochaines années.

Parmi les grands donateurs figurent les Etats-Unis, avec un don de 900 millions de dollars, tandis que la Commission européenne s'est engagée à débloquer 554 millions de dollars. « Cela dépasse nos attentes », s'est réjouie l'Egypte. L'Autorité palestinienne demandait 2,8 milliards de dollars pour réparer les dégâts causés par l'offensive israélienne. Les fonds devront être distribués via l'Autorité palestinienne et non par le Hamas, que les Etats-Unis et l'Union européenne considèrent comme un mouvement terroriste.

« Cette conférence a été une réussite à 100 % », a réagi le ministre palestinien du Plan. Sur l'aspect économique, certainement. Encore faut-il que la politique suive. Or, les difficultés s'accumulent : aucune trêve durable n'a été acceptée par Israël et le Hamas ; les Palestiniens sont toujours aussi divisés entre le Fatah d'Abbas et le Hamas, qui contrôle Gaza depuis son coup de force en 2007 ; et l'Etat hébreu s'apprête à se doter du gouvernement le plus à droite de son histoire.

Israël refuse, en outre, de rouvrir les points de passage avec Gaza, condition sine qua non pour que les Palestiniens puissent effectivement reconstruire. La communauté internationale réclame cette réouverture depuis des semaines, et l'a exigée hier encore. En vain, jusqu'à présent.

« Notre idée, c'est que la reconstruction économique ne suffit pas. Il faut sortir du cycle infernal reconstruction-destruction, souligne-t-on au Quai d'Orsay. L'argent versé doit aller de pair avec la relance du processus de paix. Nous ne sommes pas pessimistes. Il y a une volonté européenne d'aller de l'avant, et l'implication américaine est très positive. »

Hier, la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, a souligné qu'« en accordant une aide humanitaire à Gaza, nous cherchons aussi à promouvoir les conditions dans lesquelles un Etat palestinien pourra aboutir ». La conférence des donateurs du 17 décembre 2007 devait déjà « accompagner la détermination des Palestiniens à poser les fondements concrets de leur Etat », selon Bernard Kouchner. Un an et trois mois plus tard, la perspective d'un tel Etat est plus lointaine que jamais. ■