Grèce : Amnesty International critique vertement le traitement des migrants par Athènes

POLITIQUE MIGRATOIRE Dans un rapport, l’ONG accuse la Grèce de « torture [et] mauvais traitements » envers les migrants

20 Minutes avec AFP

— 

Des migrants afghans dans un camp de réfugiés sur l’île Samos en Grèce, le 11 juin 2021.
Des migrants afghans dans un camp de réfugiés sur l’île Samos en Grèce, le 11 juin 2021. — Petros Giannakouris/AP/SIPA

La politique migratoire de la Grèce est dans le viseur d’Amnesty International. Et la charge est virulente. L’ ONG accuse ce pays de l’Union européenne de « torture, mauvais traitements et refoulements illégaux » de migrants vers la Turquie. Surtout, Amnesty estime, dans un rapport publié mercredi, que ces pratiques sont devenues « de facto » la politique grecque de contrôle aux frontières.

Pour arriver à ce constat, l’ONG dit avoir documenté, entre juin et décembre 2020, 21 incidents à la frontière terrestre gréco-turque, impliquant un millier de personnes. En février et mars 2020, des dizaines de milliers de migrants avaient afflué vers la Grèce, au poste-frontière de Kastanies, après l’annonce du président turc Recep Tayyip Erdogan d’ouvrir ses frontières vers l’Europe. La Grèce avait alors suspendu les procédures de demande d’asile et renvoyé des migrants en Turquie. Mais selon Amnesty, cette pratique s’est poursuivie au-delà de cette crise migratoire.

Athènes rejette les accusations

« Nos recherches montrent que les refoulements violents sont devenus de facto la politique grecque de contrôle aux frontières dans la région d’Evros », souligne Adriana Tidona, chercheuse sur les migrations en Europe, en référence au fleuve qui borde la frontière terrestre gréco-turque. « Le niveau d’organisation nécessaire pour exécuter ces retours (…) montre jusqu’où la Grèce est prête à aller pour renvoyer illégalement ces personnes et le dissimuler », note-t-elle. Le gouvernement grec a pour sa part toujours démenti de telles allégations.

La grande majorité des personnes interrogées par Amnesty ont déclaré avoir subi ou avoir été témoins de violences de la part de fonctionnaires grecs en uniformes ou d’hommes en civil. Les hommes étaient souvent dénudés et soumis à des fouilles humiliantes, parfois à la vue de femmes et d’enfants, dénonce le rapport. En outre, selon Amnesty, les refoulements n’ont pas seulement lieu sur les zones frontalières. Certains migrants renvoyés en Turquie ont été appréhendés jusqu’à 700 km à l’intérieur du territoire grec, accuse le rapport.

Un appel à Frontex

Amnesty International exhorte Frontex, l’agence européenne de contrôle des frontières, à « suspendre ses opérations en Grèce », estimant que tous ces refoulements ont eu lieu « dans des zones où Frontex compte un nombre important d’employés ». « L’agence ne peut donc prétendre ignorer ces abus que nous et bien d’autres avons documentés », fustige encore Adriana Tidona. Amnesty appelle également la Grèce à « immédiatement cesser ces refoulements » et à « conduire des enquêtes indépendantes et impartiales ».