Sri Lanka : Des soldats suspectés d’humilier des musulmans pour non respect du confinement

ENQUETE La population musulmane est minoritaire au Sri Lanka et encore victime de brimades

20 Minutes avec AFP

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La vidéo a été diffusée sur les réseaux sociaux.
La vidéo a été diffusée sur les réseaux sociaux. — ISHARA S. KODIKARA / AFP

L’armée sri-lankaise a ouvert une enquête ce dimanche après la diffusion sur les réseaux sociaux de photos montrant des soldats en train de forcer des hommes appartenant à la minorité musulmane à s’agenouiller dans la rue pour les punir d’avoir enfreint les règles du confinement. Des soldats armés ont ordonné à des civils musulmans de lever les mains en l’air tout en s’agenouillant dans une rue de la ville de Eravur, située à 300 kilomètres à l’est de la capitale Colombo.

Des habitants de la ville ont qualifié ces actes de dégradants et humiliants et des responsables de l’armée ont reconnu que les soldats n’avaient pas le droit d’infliger de telles punitions. Les victimes étaient en route vers deux restaurants pour s’acheter de la nourriture. « Une enquête initiale de la police militaire a déjà commencé après que certaines photos montrant ces supposés harcèlements dans la région d’Eravur sont devenues virales », a déclaré l’armée.

« L’armée adoptera les mesures disciplinaires les plus strictes »

Elle a précisé que l’officier responsable avait été démis de ses fonctions et que les soldats impliqués dans l’affaire avaient reçu l’ordre de quitter la ville. « L’armée adoptera les mesures disciplinaires les plus strictes à l’encontre du personnel de l’armée en infraction », a-t-elle dit, faisant montre d’une rare volonté d’enquêter sur les siens. Le Sri Lanka est de nouveau confiné pour un mois afin de contenir une troisième vague d’infections de coronavirus. Le nombre de morts du Covid-19 a plus que quadruplé à 2.531 depuis le début de cette vague à la mi-avril.

L’armée, qui est accusée de crimes de guerre dans le cadre du conflit opposant pendant trente-sept ans – jusqu’en mai 2009 – les forces gouvernementales et les séparatistes tamouls (ethnie principalement hindoue), a été déployée pour aider la police et les autorités sanitaires à faire respecter les règles destinées à lutter contre le virus. Les gouvernements successifs du Sri Lanka ont toujours nié que les troupes aient tué environ 40.000 civils pendant les phases finales de ce conflit séparatiste, qui a fait au total plus de 100.000 morts entre 1972 et 2009.