Ingrid Betancourt « égoïste, arrogante, manipulatrice »

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On l'imaginait en dame patronnesse du groupe des otages des Farc, la guérilla colombienne, avec lesquels elle fut détenue six ans durant. Pas du tout ! Si l'on en croit trois anciens compagnons de captivité, des Américains capturés lors d'une opération antidrogue en 2003 et libérés comme Ingrid Betancourt en juillet 2008. Dans le livre qu'ils viennent de publier Out of Captivity (éd. Harper-Collins aux Etats-Unis), ils écrivent : « Etre otage en même temps qu'Ingrid, c'était très difficile. » Pourquoi ? Parce qu'elle était « égoïste, arrogante, manipulatrice », qu'elle volait la nourriture de ses camarades d'infortune. Ou refusait de partager les informations qu'elle entendait à la radio qu'elle était la seule à avoir pu conserver. Pire, selon les trois Américains, elle les aurait même mis en danger en les accusant auprès de leurs geôliers d'être des agents de la CIA.

Le portrait, écrit à six mains, est au vitriol. Seul, l'un d'entre eux, Marc Gonsalves, se montre moins sévère. Il salue le courage de la Franco-Colombienne et avoue s'être rapproché d'elle, ce qui, selon lui, aurait suscité la jalousie de ses compagnons. Au-delà des attaques contre Ingrid Betancourt - qui font écho à celles de Clara Rojas, son ex-collaboratrice, enlevée en même temps qu'elle mais libérée quelques mois plus tôt -, ce témoignage illustre surtout les tensions qui émaillaient la vie des détenus des Farc, du fait de leurs conditions de vie extrêmement difficiles. ■ A. Le Goff