« Les islamistes persécutent les chrétiens »

— 

Le cours d'alphabétisation se déroule dans une petite salle à côté d'une église chaldéenne, à Paris. « Bonsoir à tous, articule le professeur, face à une quinzaine d'élèves de tous âges. Comment allez-vous ? » « Bien merci et vous ? », lui répond un homme élégant d'une soixantaine d'années dans un français hésitant.

Mosa* fait partie des 612 Irakiens accueillis jusqu'à présent par la France. Sa femme et lui, tous deux chrétiens, sont arrivés en août dernier. « Un ami de Syrie m'a téléphoné, raconte-t-il. Il m'a dit : "Une opération se lance. Si tu veux, tu peux rajouter ton nom sur la liste, car tu as beaucoup de problèmes " ». Mosa vit alors dans une maison à Mossoul, au nord de l'Irak, et cherche à partir. Son fils a été tué un an plus tôt. « Mon fils était très croyant, et ne laissait personne dire du mal du christianisme. Six mois avant son assassinat, un inconnu lui a mis le Coran dans les mains. Ma femme a commencé à avoir peur. Les islamistes persécutent les chrétiens. L'un d'eux a obligé mon épouse à porter le hidjab. Elle l'a fait, sinon elle aurait été tuée. » Après la mort de leur fils, « elle s'est effondrée, poursuit-il. Elle avait peur tout le temps. On a voulu partir, mais ce n'est pas facile. On ne peut pas sortir comme ça du pays, ça coûte cher. »

Aujourd'hui, Mosa et sa femme vivent dans un centre d'accueil pour demandeurs d'asile en région parisienne. Il assiste plusieurs fois par semaine aux cours gratuits d'alphabétisation. Le reste du temps, il remplit des papiers administratifs. « Mon problème, aujourd'hui, c'est de me souvenir de ce qu'on me dit, raconte-t-il. J'oublie tout, parce que je pense tout le temps à mon fils. » Il ignore s'il restera en France. « Parfois j'aime ma vie ici, parfois non. De toute façon, je ne contrôle pas les choses. Elles peuvent basculer en une seconde. Pour l'heure, on vit ici. Je veux oublier le passé. » ■F. V.

*Le prénom a été modifié.