Allemagne : Angela Merkel reçoit Emmanuel Macron ce vendredi à Berlin

DIPLOMATIE Emmanuel Macron est le premier chef d’Etat étranger à être reçu par Angela Merkel cette année, pandémie oblige

20 Minutes avec AFP

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Emmanuel Macron et Angela Merkel lors du G7 en Cornouailles.
Emmanuel Macron et Angela Merkel lors du G7 en Cornouailles. — Leon Neal/AP/SIPA

Angela Merkel reçoit ce vendredi Emmanuel Macron pour un dîner consacré à l’Europe, un de leurs derniers tête-à-tête sur des sujets qui les ont longtemps divisés, avant un rapprochement spectaculaire à la faveur de la pandémie. Le chef de l’Etat français est le premier dirigeant étranger à être invité cette année dans la capitale allemande, crise sanitaire oblige. Selon la chancellerie et l’Elysée, il s’agit notamment de préparer la réunion du Conseil européen des 24 et 25 juin.

Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE doivent à cette occasion discuter de la pandémie, de la relance économique, des migrations et des relations extérieures, y compris les tensions avec la Turquie et la Russie. Ce sera une rencontre particulière, alors que la chancelière s’apprête à passer le relais après seize ans aux commandes de la première économie européenne, à l’issue des élections législatives du 26 septembre.

Des débuts difficiles

« Emmanuel Macron voudra aussi saisir l’occasion de remercier personnellement la chancelière » avec laquelle il a développé « une véritable complicité », estime Frank Baasner, directeur de l’Institut franco-allemand de Ludwigsburg. « La relation avec M. Macron, qui partage un certain pragmatisme avec Mme Merkel, a certainement été bien meilleure » qu’avec les trois autres présidents avec lesquels elle a travaillé, Jacques Chirac (2005-2007), Nicolas Sarkozy (2007-2012) et François Hollande (2012-2017), abonde Sabine von Oppeln, experte à la Freie Universität de Berlin.

Les débuts furent pourtant difficiles. Quand Emmanuel Macron prononce en 2017 un discours enflammé à la Sorbonne en faveur d’une refondation de l’Europe et tend la main à l’Allemagne, la réponse de Berlin est quasi inexistante, nourrissant des frustrations côté français. « Le gouvernement d’Angela Merkel a bien laissé tomber le pauvre M. Macron à l’époque », se souvient Sabine von Oppeln. La chancelière est certes enlisée alors dans des négociations laborieuses pour former une coalition gouvernementale.

Lancer quelques derniers projets

La crise sanitaire et économique liée à la pandémie de Covid-19 va marquer un tournant. Les deux pays lancent une initiative pour un plan de relance européen de 750 milliards d’euros, reposant sur une mutualisation des emprunts au niveau de l’UE et une redistribution vers les pays les plus fragilisés, qui brise un véritable tabou allemand en matière de solidarité financière. Une première émission inédite de dette commune au niveau de l’UE, d’un montant de 20 milliards d’euros, a été réalisée mardi.

C’est une constante dans la relation entre les deux pays : « Malgré les divergences, les couples franco-allemands se sont toujours retrouvés pendant les crises », pointe Jacob Ross, expert au DGAP, un think tank allemand. Les bouleversements géopolitiques, avec notamment le mandat d’un Donald Trump hostile vis-à-vis de l’UE, le Brexit, les tensions avec la Russie et la Chine, ont aussi renforcé la conviction que Paris et Berlin doivent « travailler étroitement pour que l’Europe puisse se faire entendre sur la scène mondiale », poursuit Jacob Ross.

A cet égard, les deux dirigeants auront particulièrement à cœur d’ici la fin du mois d’avancer sur plusieurs projets, notamment les futurs avions de combat et chars européens, juge l’expert du dfi, Frank Baasner. L’inconnu est aussi bien côté allemand avec la fin de l’ère Merkel que côté français avec les élections présidentielles l’an prochain, où l’extrême droite a une carte à jouer. « Nous allons entrer bientôt dans une sorte de point mort », dit-il, où plus aucun nouveau projet ne sera mis sur les rails, au moins jusqu’à la mi-2022.