Hongrie : Manifestation contre une loi visant à interdire la représentation de l’homosexualité

DISCRIMINATION Le Parlement doit voter ce mardi cette loi qui mettra des interdits dans la publicité mais aussi dans les programmes éducatifs

20 Minutes avec AFP

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Manifestation devant le parlement à Budapest contre une loi interdisant la représentation de l'homosexualité, le 14 juin 2021.
Manifestation devant le parlement à Budapest contre une loi interdisant la représentation de l'homosexualité, le 14 juin 2021. — AFP

Les rues de Budapest étaient aux couleurs lundi du drapeau arc-en-ciel afin de défendre et soutenir la communauté LGBT mais aussi et surtout pour désapprouver les discriminations. Plus de 5.000 Hongrois ont manifesté dans la capitale de la Hongrie contre une loi qui devrait être approuvée par le Parlement ce mardi et qui interdira la « représentation » de l’homosexualité et de la transsexualité dans l’espace public.

« Lorsque les députés voteront, ils devront se souvenir qu’ils jouent avec la vie des gens dans le cadre de leurs cruelles campagnes politiques », a déclaré Amnesty International, qui avait appelé à manifester. Si la législation est adoptée, la liberté d’expression et les droits seront « sévèrement limités », ont déclaré des ONG, accusant la Hongrie de copier des modèles dictatoriaux qui vont à l’encontre des valeurs européennes.

Plus de « Bridget Jones », « Harry Potter » ou « Billy Eliot »

Une chaîne de télévision commerciale, RTL Klub Hungary, a déclaré lundi que si la loi était adoptée, des films comme Bridget Jones, Harry Potter ou Billy Eliot, dans lesquels l’homosexualité est évoquée, devraient être interdits aux mineurs. Les programmes éducatifs ou les publicités, comme celle de Coca-Cola représentant un couple d’hommes qui avait suscité en 2019 des appels au boycott, ne seraient également plus autorisés. Il en sera de même pour des livres, tels que le recueil de contes et légendes dédramatisant l’homosexualité, qui s’était attiré les foudres du pouvoir nationaliste de Viktor Orban à l’automne 2020.

Les amendements en question s’inscrivent dans le cadre d’un arsenal de mesures de protection des mineurs et visant à lutter contre la pédophilie, un amalgame dénoncé par le site Internet indépendant Telex. Parmi celles-ci figure la création d’une base de données des personnes condamnées accessible au public, ou encore leur bannissement de certaines professions.

L’UE interdit pourtant les discriminations

En décembre, la Hongrie avait déjà rendu l’adoption par les couples de même sexe impossible et interdit l’inscription du changement de sexe à l’Etat civil. « Il devient de plus en plus inconfortable de vivre ici, pas seulement pour les gays mais pour tout le monde en fait », a déclaré un manifestant, Attila Kelemen, 23 ans, qui travaille comme psychologue scolaire. Selon lui, « ce type de propagande permanente fait que les gens sont perdus. Et mélanger l’homosexualité avec les crimes sexuels est dégoûtant ».

La Hongrie est membre de l’Union européenne (UE) depuis 2004, dont la charte des droits fondamentaux interdit toute discrimination basée sur l’orientation sexuelle. Avant le retour au pouvoir de Viktor Orban en 2010, c’était l’un des pays les plus progressistes de la région : l’homosexualité y avait été dépénalisée dès le début des années 1960 et l’union civile entre conjoints de même sexe reconnue dès 1996.