Sommet Biden-Poutine : Le Président russe attend du respect

DIPLOMATIE Après une semaine d’entretiens avec ses alliés du G7, de l’UE et de l’Otan, Joe Biden conclura sa première grande tournée à l’étranger par une rencontre à Genève avec l’un de ses grands adversaires géopolitiques, Vladimir Poutine

20 Minutes avec AFP

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Joe Biden et Vladimir Poutine (illustration).
Joe Biden et Vladimir Poutine (illustration). — Photos Sipa / Montage 20 Minutes

Lors de sa première rencontre mercredi avec Joe Biden, Vladimir Poutine ne réclamera pas d’avancées majeures sur le contrôle des armes, la levée des sanctions ou même des excuses pour avoir été traité de « tueur ». Car le président russe a déjà eu ce qu’il voulait : la tenue du sommet comme illustration de l’importance de la Russie. Au regard de l’ampleur des tensions et de la liste des griefs américains à l’égard de Moscou (cyberattaques, ingérence électorale, emprisonnement de l’opposant Alexeï Navalny, élimination de l’opposition du jeu politique), les officiels des deux camps ont minimisé les attentes à avoir.

Pour Vladimir Poutine, l’invitation de Joe Biden, un signe de respect, était suffisante en soi. Or la reconnaissance de la puissance de son pays est le leitmotiv du président russe depuis deux décennies au pouvoir : « L’un des moteurs absolument cruciaux de sa politique étrangère est le sentiment de devoir redonner à la Russie la place qui lui revient dans le monde et ce genre d’événements joue absolument en ce sens », assure Mark Galeotti, professeur d’études russes à l’University College de Londres. « Le sommet en lui-même est déjà une victoire », poursuit-il. D’autant que Vladimir Poutine sera l’un des premiers dirigeants à s’entretenir en tête-à-tête avec Joe Biden depuis son arrivée à la Maison Blanche en janvier. Et c’est le président américain qui a pris l’initiative de la rencontre, alors que la Russie jouait des muscles en plaçant des dizaines de milliers de soldats aux frontières de l’Ukraine.

Dans la cour des grands

« Le sommet montre que la Russie joue dans la cour des grands », renchérit Alexandre Choumiline, de l’Académie russe des sciences, « Le Kremlin le voit ainsi, et l’Ouest aussi ». Personne ne s’attend à un échange amical, d’autant que les deux présidents ont multiplié les sanctions et contre-sanctions depuis six mois. Le président américain a promis d’être ferme face au maître du Kremlin, sur les cyberattaques, l’Ukraine ou les efforts russes d’ingérence électorale. Il a aussi martelé qu’il ne restera pas « les bras croisés » face aux « violations » des droits humains, sujet qui a le don de hérisser le Kremlin.

De son côté, la Russie n’est pas en reste puisqu’elle a officiellement désigné les États-Unis en mai comme « État inamical ». Le seul développement positif récent a été la prolongation en février du traité nucléaire New Start, dernier accord existant de réduction d’armements entre les deux rivaux. Lors d’un entretien à la chaîne américaine NBC News diffusé vendredi, le président russe a estimé que les relations avec les Etats-Unis « se sont détériorées au plus haut point au cours des récentes années », mais il a dit espérer que le nouvel président américain se montrera moins impulsif que son prédécesseur Donald Trump.

Moscou ne se fait pas d’illusion, Washington veut mettre de côté le dossier russe

« Nous ne cherchons pas le conflit » avec la Russie, a en tout cas assuré, dimanche, Joe Biden à la presse à Newquay (Angleterre) à l’issue du sommet du G7. Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a affirmé lui que Moscou n’avait « aucune illusion » sur la rencontre et espérait, au mieux, des avancées sur les questions de « stabilité stratégique ». Pour les experts, au final, les deux hommes auront surtout à cœur de donner à leur confrontation une forme plus prévisible. « Les relations entre la Russie et les États-Unis sont devenues irrationnelles », estime Fiodor Loukianov, rédacteur en chef de la revue « Russia in Global Affairs » qui évoque une « anarchie conflictuelle ». « Maintenant, ils veulent passer à un système structuré, qui rappelle davantage la guerre froide », juge-t-il.

De nouvelles discussions sur le contrôle des arsenaux nucléaires seraient déjà positives ou alors un effort en matière de cybersécurité. Sur la question des droits humains et d’Alexeï Navalny, personne n’attend quoi que ce soit. Pas plus sur le soutien russe aux séparatistes dans l’est de l’Ukraine. Au final, selon Mark Galeotti, Vladimir Poutine pourra rentrer à Moscou en savourant sa gloire. Joe Biden pourra lui passer à autre chose. « Il veut simplement (…) mettre la Russie dans une boîte et la poser sur une étagère », juge l’expert, « il a d’autres problèmes, le Covid, la Chine ». Selon lui, le message sera : « Tant que vous ne faites rien qui m’oblige à agir, je ne vous prêterai pas trop attention ». Aucune conférence de presse commune n’est prévue pour l’heure à l’issue du sommet à Genève.