Birmanie : Aung San Suu Kyi inculpée pour corruption, la junte resserre encore son étau

COUP D'ETAT Interpellée le 1er février et assignée depuis à résidence, Aung San Suu Kyi est désormais également inculpée pour avoir perçu illégalement 600.000 dollars et 11 kilos d’or

20 Minutes avec AFP
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Aung San Suu Kyi le 11 décembre 2019.
Aung San Suu Kyi le 11 décembre 2019. — Peter Dejong/AP/SIPA

Le jeu politique en Birmanie, tenu par la junte militaire, va continuer à la case prison pour Aung San Suu Kyi. L’ex-dirigeante, renversée par un coup d’Etat, a été inculpée pour corruption, accusée par la junte d’avoir perçu plus d’un demi-million de dollars et onze kilos d’or de pots-de-vin.

Interpellée au matin du 1er février et assignée depuis à résidence, la lauréate du prix Nobel de la paix 1991 fait déjà face à de nombreuses poursuites judiciaires allant de la possession illégale de talkies-walkies à l’incitation à des troubles publics et à la violation d’une loi sur les secrets d’État.

Abus d’autorité

Elle est désormais également inculpée pour avoir perçu illégalement « 600.000 dollars et 11 kg d’or » de l’ancien ministre en charge de la région de Rangoun, Phyo Min Thein, a indiqué jeudi le journal officiel The Global New Light of Myanmar. Elle est aussi accusée d’avoir abusé de son autorité pour louer à des conditions avantageuses des terrains pour la fondation caritative Daw Khin Kyi, qu’elle présidait.

L’ex-dirigeante a « commis des actes de corruption en utilisant sa position. Elle a donc été inculpée en vertu de l’article 55 de la loi anti-corruption », précise le journal. « Ces accusations sont absurdes », a dénoncé l’un de ses avocats, Khin Maung Zaw. Le but est de « la tenir à l’écart de la scène (politique) du pays et de salir son image ». « Les régimes militaires successifs en Birmanie ont toujours voulu faire porter le chapeau de la corruption à leurs opposants », a déploré de son côté l’analyste Richard Horsey du centre d’analyse International crisis group (ICG).

Aung San Suu Kyi, 75 ans, peut être bannie de la vie politique et encourt de longues années de prison si elle est reconnue coupable. La junte ne cesse de resserrer son étau judiciaire contre l’ex-dirigeante, « en bonne santé », selon ses avocats, malgré les semaines passées à l’isolement.

Une série de procès

Deux procès sont déjà prévus dans la capitale Naypyidaw, le premier devant démarrer le 14 juin. Elle pourrait être appelée à comparaître ultérieurement à Rangoun pour le volet concernant la violation du texte sur les secrets d’Etat.

Aung San Suu Kyi a déjà passé plus de 15 ans en résidence surveillée sous les précédentes dictatures militaires, avant d’être libérée en 2010 et de prendre cinq ans plus tard la tête du pays. Le fait qu’elle soit redevenue une prisonnière politique et les procès qui l’attendent pourraient de nouveau changer la donne.