Accueil des détenus de Guantanamo: «Nous ne savons pas, pour le moment, qui ils sont»

INTERVIEW Jacques Barrot est vice-président de la Commission européenne, responsable de la justice, de la liberté et de la sécurité...

Propos recueillis par Maud Descamps

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Jaques Barrot, vice-président de la Commission européenne
Jaques Barrot, vice-président de la Commission européenne — Gerard Cerles AFP

Guantanamo devrait mettre la clef sous la porte d'ici à un an, mais le sort des prisonniers est loin d'être fixé. Le président américain appelle l'Union européenne à la rescousse pour accueillir les détenus, mais les négociations autour de conditions d'accueil n'en sont qu'à leur début. Jacques Barrot, vice-président de la Commission européenne, se rendra en mars à Washington pour y rencontrer la secrétaire d'Etat chargée de la Sécurité intérieure, Janet Napolitano. L'entrevue devrait permettre d'éclaircir les termes de l'accord entre les Etats-Unis et l'UE.

Qui sont les détenus qui pourraient demander à être accueillis par un pays européen?
Nous ne savons pas, pour le moment, qui ils sont. Nous n'avons que très peu d'informations sur les conditions d'accueil sur le territoire européen puisqu'il n'y a eu que quelques échanges téléphoniques entre les ministres concernés. Mais de prochaines discussions avec l'administration de Barack Obama nous permettrons de voir de quelle manière les pays membres pourront apporter leur soutien au président américain.

Parmi les détenus de Guantanamo, certains sont des prisonniers déjà jugés, d'autres attendent de l'être. L'UE va-t-elle accueillir des détenus libres ou des détenus devant finir de purger leur peine?
Cela fait partie des questions que nous allons poser à l'équipe de Barack Obama lors de notre visite aux Etats-Unis. Pour la Commission européenne, il est clair qu'il sera plus facile d'accueillir des détenus ayant purgé leur peine ou ayant été innocentés. Mais une fois encore, il faudra se mettre d'accord, au niveau européen, sur le statut de ces détenus. A savoir s'ils bénéficieront d'un statut de réfugiés politiques ou s'ils jouiront d'une protection subsidiaire, c'est-à-dire d'une protection limitée dans le temps.

Mais il sera parfois être difficile de savoir qui sont ces hommes. La Commission va-t-elle imposer des conditions pour ces «candidatures»?
Oui je pense que cela sera nécessaire. Tout d'abord, chaque demande sera traitée au cas par cas. Nous devrons connaître le passé du détenu, savoir s'il a été jugé correctement et enfin s'il est dans l'impossibilité de retourner dans son pays. Ensuite il faudra discuter avec les Etats-Unis d'une éventuelle indemnisation de ces personnes afin qu'elles aient de quoi vivre.

La Commission européenne est favorable à l'accueil des détenus, mais ce n'est pas le cas de tous les Etats membres. Pour le moment, seuls le Portugal, l'Italie, l'Espagne et la France se sont dits prêts à les accueillir...
En effet, chaque Etat est libre de refuser ou d'accepter. Si la Commission ne peut pas imposer sa position aux Etats membres, elle souhaite une coordination au niveau européen. La mise en place de cette coordination permettrait d'encadrer le statut des détenus, notamment sur la possibilité ou non pour eux de circuler librement dans l'Union, conformément à l'accord de Schengen.

La France fait partie des pays favorables à l'accueil des détenus. La décision est-elle officielle?
Pour le moment, il n'y a pas de position officielle. Si Bernard Kouchner s'est déclaré favorable, c'est au ministère de l'Intérieur que revient la décision. Il va donc y avoir des discussions entre ces ministères au cours de prochains mois pour répondre positivement ou non aux demandes, qui seront de toute manière traitées au cas par cas.

Accueillir sur son territoire des détenus soupçonnés de terrorisme peut être risqué. Les Etats membres vont-ils demander des contreparties?
La contrepartie sera l'indemnisation par les Etats-Unis de ces anciens prisonniers afin qu'ils puissent subvenir à leurs besoins une fois accueillis dans un pays de l'UE. La démarche des Etats membres est de mettre fin à des années d'erreurs et non pas de tenter de négocier sur d'autres tableaux si c'est le sens de cette question.