Opération Ironside : Que sait-on sur cet incroyable coup de filet mondial contre le crime organisé ?

ENQUETE Pendant trois ans, la police australienne et celles d’une vingtaine de pays ont pu tranquillement espionner des communications soi-disant sécurisées

M. F. avec AFP

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Un coup de filet mondial a eu lieu grâce au noyautage par le FBI et les polices de différents pays, de communications du crime organisé.
Un coup de filet mondial a eu lieu grâce au noyautage par le FBI et les polices de différents pays, de communications du crime organisé. — Noah Berger/AP/SIPA
  • Un vaste coup de filet mondial contre le crime organisé a eu lieu ces dernières semaines, avec des centaines d’arrestations dans une vingtaine de pays.
  • Plus de 11.000 téléphones piégés ont été écoulés, principalement dans les cercles criminels.
  • « 20 Minutes » fait le point sur cette opération hors norme, après la conférence de presse donnée ce mardi matin par Europol.

Des centaines de suspects ont été arrêtés dans différents pays grâce à une opération présentée comme « la plus sophistiquée au monde » contre le crime organisé. Ce mardi matin, l’Office européen de police  Europol, tenait une conférence de presse pour donner plus de détails sur cette opération globale. 20 Minutes fait le point sur cette enquête hors norme.

Comment les suspects ont-ils été piégés ?

Cette opération internationale impulsée par le FBI a été baptisée « Bouclier de Troie », ou Ironside. Elle reposait sur des portables cryptés appelés « AN0M » dont des suspects se servaient pour organiser des trafics de drogue, d’armes ou même des projets d’assassinats. Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que ces appareils avaient été volontairement disséminés dans le cadre d’une opération d’infiltration dans les rangs de la mafia, de syndicats asiatiques du crime organisé, de cartels de la drogue, de gangs hors-la-loi de motards.

Les portables ne pouvaient s’acheter qu’au marché noir, pour environ 2.000 dollars et il fallait avoir, pour les activer, un code transmis par un autre utilisateur d’AN0M. « Un criminel devait connaître un autre criminel pour obtenir ce matériel », a expliqué la police australienne dans un communiqué. Celle-ci s’est appuyée sur des gens ayant de l’influence dans le milieu -y compris un individu soupçonné d’être un baron de la drogue en cavale en Turquie- pour disséminer l’appareil.

« Les appareils ont circulé et leur popularité a grandi parmi les criminels, qui avaient confiance dans la légitimité de l’application car de grandes figures du crime organisé se portaient garants de son intégrité », a poursuivi la police. L’application de messagerie, créée par le FBI, a permis à la police d’espionner toutes les conversations des suspects durant trois ans. Vingt millions de messages envoyés au total.

Quels pays étaient impliqués dans cette vaste opération ?

Ce mardi, les Etats-Unis, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, mais aussi plusieurs pays d’Europe, ont révélé qu’ils contrôlaient l’application « AN0M ». « Au cours des 18 derniers mois, le FBI a fourni aux organisations criminelles plus de 300 appareils cryptés dans plus de 100 pays qui nous ont permis de surveiller leurs communications », a expliqué le directeur adjoint du FBI, Calvin Shivers, aux journalistes présents au siège d’Europol à La Haye. 

Ceux en ayant reçu le plus sont l’Australie, l’Espagne, l’Allemagne et les Pays-Bas. « Plus de 700 lieux » ont été perquisitionnés a déclaré Jean-Philippe Lecouffe, directeur adjoint des opérations à Europol

Combien de suspects cette opération a-t-elle permis d’arrêter ?

« Ces informations ont débouché au cours de la semaine dernière à des centaines d’opérations policières dans le monde, de la Nouvelle-Zélande à l’Australie en passant par l’Europe et les États-Unis, avec des résultats impressionnants », a indiqué Jean-Philippe Lecouffe.

En tout, ce sont plus de 800 personnes qui ont été arrêtées partout dans le monde. Rien qu’en Australie, 224 personnes ont été inculpées dans le cadre de cette opération qui, selon le Premier ministre australien Scott Morrison, « a infligé un coup dur au crime organisé dans ce pays, et qui aura un écho dans le monde entier ». La police néo-zélandaise, qui a fait état de 35 arrestations, notamment pour trafic de drogue et blanchiment d’argent.

Qu’a également permis cette vaste opération ?

Philippe Lecouffe a assuré qu’en parallèle des arrestations, 8 tonnes de cocaïne ont été saisies. En Australie, six laboratoires de fabrication de drogue ont été fermés, une grande quantité d’armes et 45 millions de dollars australiens (29 millions d’euros) en liquide ont été saisis.

Calvin Shivers, a également assuré que de 100 vies avaient été épargnées grâce à ces opérations.