Israël : La dernière semaine annoncée de Benyamin Nétanyahou

GOUVERNEMENT Une semaine critique s’ouvre en Israël où le Parlement doit annoncer lundi la date du vote de confiance au nouveau gouvernement dont sera exclu pour la première fois en douze ans le Premier ministre sortant Benyamin Nétanyahou

20 Minutes avec AFP
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Le leader de la droite radicale israélienne Yamina, Naftali Bennet, devrait prendre la tête du gouvernement jusqu'en 2033 (Illustration)
Le leader de la droite radicale israélienne Yamina, Naftali Bennet, devrait prendre la tête du gouvernement jusqu'en 2033 (Illustration) — AFP

Ce vote au Parlement israélien est la dernière étape avant l’installation au pouvoir de la coalition hétéroclite formée in extremis le 2 juin par le chef de l’opposition Yaïr Lapid. Pour la première fois en douze ans, l’indéboulonnable Benyamin Nétanyahou, premier ministre sortant, devrait être exclu de ce nouveau gouvernement au sein duquel s’allieront deux partis de gauche, deux du centre, trois de droite et la formation arabe israélienne Raam.

Selon les médias israéliens, la consultation formelle des députés pourrait intervenir soit mercredi, soit le lundi 14 juin prochain. La décision est aux mains du président de la Knesset, Yariv Levin, qui doit s’exprimer sur ce calendrier à 16 heures à l’ouverture d’une session parlementaire, selon un porte-parole du Parlement.

Cesser la politique de « la terre brûlée »

« Il n’y a jamais de 100 % dans la politique israélienne, mais ce gouvernement a les plus grandes chances de voir le jour », a déclaré à la presse le centriste Yaïr Lapid, au siège du Parlement à Jérusalem. « Ce gouvernement sera formé. Et ce sera un gouvernement de qualité et durable, parce qu’il se fonde sur des éléments positifs : la confiance, la décence et la bonne volonté », a-t-il ajouté.

La veille, le futur premier ministre désigné, le chef de Yamina Naftali Bennett, a appelé Yariv Levin (Likoud), fidèle de Nétanyahou, à ne pas jouer la montre. « Nous savons que Netanyahou met la pression pour retarder ce vote afin de tenter de trouver des déserteurs, mais vous devez agir pour le bien de l’Etat et pas pour celui de M. Nétanyahou », a plaidé Naftali Bennett dans une allocution solennelle, appelant le premier ministre sortant, son ex-mentor, à cesser de pratiquer la politique de « la terre brûlée ».

« Gouvernement dangereux »

La nouvelle coalition, censée mettre un terme à plus de deux ans de crise politique marquée par quatre élections législatives, a été formée pour évincer Benyamin Nétanyahou, 71 ans et premier ministre le plus pérenne de l’histoire du pays. Inculpé pour corruption, celui-ci n’a pas hésité à multiplier les mises en garde et les formules de dénigrement contre la nouvelle équipe, jusqu’à en inquiéter les services de sécurité locaux. Lundi, il qualifiait même sur Twitter le prochain gouvernement de « dangereux ».

Un climat qui« rappelle les jours ayant précédé la mort de Yitzhak Rabin », relève le quotidien le plus lu du pays, Yediot Aharonot, en référence à l’assassinat du Premier ministre travailliste israélien en 1995 par un extrémiste juif à la suite des accords d’Oslo sur une autonomie palestinienne.

Nadav Argaman, le patron du Shin Beth, le service de sécurité intérieure, est sorti samedi de son habituelle réserve pour mettre en garde tous les responsables politiques contre « une augmentation des discours incitant à la violence, notamment sur les réseaux sociaux ». Des discoursqui peuvent, selon lui, être « compris par certaines personnes ou certains groupes comme un permis pour commettre des violences » pouvant aller jusqu’à entraîner des « blessures mortelles ».

La peur d’une escalade des violences

Un événement plus qu’un autre faisait redouter une flambée de violence et de possibles retournements politiques : la controversée « marche des drapeaux » initialement prévue jeudi à Jérusalem-Est, secteur palestinien occupé par Israël, à l’appel de figures de l’extrême droite. Mais la manifestation a finalement été annulée lundi par les organisateurs, après le refus de la police d’approuver son tracé. Néanmoins, certains députés, dont May Golan, députée du Likoud, ont déjà annoncé qu’ils marcheraient quand même jeudi, malgré l’interdiction.

Le mouvement islamiste palestinien Hamas a lui menacé d’une nouvelle escalade si la marche était maintenue. « Nous espérons que la journée de jeudi ne devienne pas » un nouveau 10 mai, a lancé un ténor du Hamas, Khalil al-Hayya, en référence au début de l’escalade entre le Hamas et Israël qui a mené à une guerre de 11 jours. Dans ce climat chargé, le nouveau gouvernement, que tout oppose sur le papier, a eu dimanche sa première réunion de travail. En vertu d’un accord de rotation, Naftali Bennett dirigera en premier le gouvernement jusqu’en 2023 avant de céder la place à Yaïr Lapid jusqu’en 2025.