Burkina Faso : Le bilan de l'attaque djihadiste dans le nord du pays relevé à 160 morts

TERREUR C’est le plus lourd bilan pour une seule attaque depuis le début des violences djihadistes dans le pays en 2015

20 Minutes avec AFP

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Un militaire dans le nord du Burkina Faso le 3 février 2020 (illustration).
Un militaire dans le nord du Burkina Faso le 3 février 2020 (illustration). — AFP

L’attaque la plus meurtrière menée au Burkina Faso depuis six ans qu’il est en proie aux violences djihadistes a fait 160 morts, selon un dernier bilan donné dimanche, et illustre la descente aux enfers de ce pays et de ses voisins sahéliens.

Le bilan de l’attaque menée par de présumés djihadistes dans la nuit de vendredi à samedi à Solhan, commune rurale du Nord-Est du Burkina, n’a cessé de grimper : d’abord d'« une centaine », il est passé à 138, puis 160, selon des sources locales.

Les victimes enterrées dans des fosses communes

Au total, « 160 corps ont été inhumés hier (samedi) dans trois fosses communes par les populations locales (…) dont une vingtaine d’enfants », a déclaré un élu de la région.

Un bilan confirmé par une autre source locale qui a précisé que « 50 corps ont été enterrés dans chacune des deux fosses communes et 60 corps dans la troisième fosse ». « Ce sont les populations elles-mêmes qui ont procédé à l’enlèvement et à l’enterrement des corps après les avoir rassemblés et transportés » sur des triporteurs, a ajouté cette source.

L’élu local a affirmé que « la situation est encore volatile dans la zone malgré l’annonce d’opérations militaires » et « que les populations continuent à fuir Solhan » pour les agglomérations proches de Sebba et Dori. « Beaucoup ont tout perdu après l’incendie de leurs biens et de leurs habitations », a-t-il dit.

Solhan est une petite localité située à une quinzaine de kilomètres de Sebba, chef-lieu de la province du Yagha qui a enregistré ces dernières années de nombreuses attaques attribuées à djihadistes liés à Al-Qaïda et à l’Etat islamique. Cette zone est proche des frontières avec le Mali et le Niger.

Des flux de déplacés

Depuis l’invasion du Nord du Mali en 2012 par des groupes djihadistes, la situation s’y est aggravée en dépit de l’intervention militaire française – d’abord Serval, puis Barkhane plus étendue – et a fait tache d’huile, les groupes djihadistes frappant désormais le Burkina et le Niger, essentiellement dans ou près de la zone dite des « trois frontières » entre ces trois pays.

Les attaques sont régulières depuis près de dix ans au Mali et déstabilisent gravement ce pays qui vient de connaître un second coup d’Etat en moins d’un an, entraînant la suspension de la coopération militaire de la France.

Le Burkina, épargné par les violences du temps de Blaise Compaoré (1987-2014), accusé d’avoir négocié avec les groupes djihadistes pour préserver son pays, en est la victime depuis 2015 : au moins 1.400 morts et un million de déplacés.

L'armée mal équipée

Le nouveau président Roch Marc Christian Kaboré, qui a succédé en 2015 à Blaise Compaoré, a fait de la lutte « antiterroriste » sa priorité et a été réélu en 2020 en grande partie sur la promesse de ramener la paix dans son pays.

Mais l’armée burkinabée, faible et mal équipée, ne parvient pas à contrer les attaques de plus en plus nombreuses et doit s’appuyer sur des supplétifs civils, les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), qui payent un lourd tribut à la lutte anti-djihadiste.

Au Niger, le nouveau chef de l’Etat Mohamed Bazoum estime que son pays est avant tout victime de la situation au Mali d’où, selon lui, viennent les groupes djihadistes qui le frappent. Le Niger a été lui aussi victime le 21 mars d’attaques massives contre des villages de la région de Tilla, proche de la frontière malienne, qui ont fait 141 morts.

La communauté internationale condamne systématiquement ces « attaques barbares » sans sembler pouvoir être en mesure de les contrer.

Jean-Yves Le Drian sur place dans la semaine

Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a annoncé dimanche un voyage « cette semaine » au Burkina Faso, au cours duquel il exprimera « à nouveau la solidarité de la France », ancienne puissance coloniale.

En condamnant samedi l’attaque de Solhan, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a souligné « la nécessité urgente que la communauté internationale renforce son soutien à l’un de ses membres dans son combat contre la violence extrémiste et son bilan humain inacceptable ».

Le pape a dit avoir prié « pour les victimes du massacre » de Solhan. « L’Afrique a besoin de paix, pas de violence », a-t-il estimé.

L’Union européenne (UE) a également condamné « ces attaques lâches et barbares », appelant « à tout mettre en œuvre pour que leurs auteurs répondent de leurs actes ».

L’attaque massive de Solhan en a suivi de près une autre, menée tard vendredi soir, sur un village de la même région, Tadaryat, au cours de laquelle au moins 14 personnes ont été tuées.

Ces attaques surviennent une semaine après deux autres attaques dans la même zone faisant quatre tués. Les 17 et 18 mai, 15 villageois et un soldat avaient été tués lors de deux assauts contre un village et une patrouille dans le Nord-Est du pays.