Avion détourné en Biélorussie : La télévision diffuse les aveux filmés du journaliste d'opposition juste après son arrestation

DROITS HUMAINS Pour son père et les ONG, il est clair que les propos du jeune homme ont été obtenus « sous la menace »

20 Minutes avec AFP

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Sur cette photo publiée par la chaîne ONT le mercredi 2 juin 2021, le journaliste dissident Raman Pratasevich fume une cigarette en s'exprimant dans une vidéo d'un centre de détention à Minsk, en Biélorussie.
Sur cette photo publiée par la chaîne ONT le mercredi 2 juin 2021, le journaliste dissident Raman Pratasevich fume une cigarette en s'exprimant dans une vidéo d'un centre de détention à Minsk, en Biélorussie. — /AP/SIPA

Une nouvelle vidéo montre le journaliste d’opposition arrêté en Biélorussie. Sur les images diffusées jeudi par la télévision publique bélarusse Roman Protassevitch, visiblement mal à l’aise, avoue pour la seconde fois avoir appelé à des protestations contre le régime.

L’ancien rédacteur en chef du média d’opposition Nexta, qui a joué un rôle clé dans le mouvement de contestation historique au Bélarus en 2020, assure également respecter le président Alexandre Loukachenko, vouloir corriger ses erreurs et mener une vie tranquille, loin de la politique.

Des aveux obtenus « sous la menace »

Quelques heures avant la diffusion de l’entretien, l’ONG de défense des droits humains Viasna a dénoncé des propos obtenus « sous la menace ». « Tout ce que dira (Roman) Protassevitch aura été obtenu après des menaces, psychologiques au minimum, et sous la menace d’accusations injustes mais très graves dont il est l’objet », a déclaré jeudi matin le directeur de Viasna, Ales Beliatski. « Quoi qu’il dise maintenant, c’est de la pure propagande qui n’a aucune part de vérité », a-t-il poursuivi.

Le père du journaliste, Dmitri Protassevitch, a lui aussi estimé que ces aveux télévisés étaient le résultat de « violences, de tortures et de menaces ». « Je connais très bien mon fils et j’ai la conviction qu’il ne dirait jamais des choses pareilles », a-t-il dit.

Roman Protassevitch risque 15 ans de prison

Roman Protassevitch a été arrêté le 23 mai avec sa compagne russe de 23 ans, Sofia Sapega, après l’atterrissage non prévu de leur avion de ligne de la compagnie Ryanair à Minsk, la capitale du Bélarus, alors qu’il était parti d’Athènes et devait atterrir à Vilnius en Lituanie. Les autorités bélarusses ont justifié le déroutage de l’avion, qui survolait leur territoire, par une alerte à la bombe.

Cette affaire a suscité un tollé international et l’annonce de nouvelles sanctions contre le Bélarus, l’opposition et les capitales occidentales dénonçant un subterfuge du régime d’Alexandre Loukachenko pour arrêter l’opposant. Au Bélarus, Roman Protassevitch est poursuivi pour « organisation » d’émeutes au Bélarus, un crime passible de 15 ans de prison.

Sa compagne également filmée

Au lendemain de l’arrestation de l’opposant, alors que des médias indépendants s’inquiétaient de son état de santé, les autorités bélarusses avaient diffusé une vidéo de Roman Protassevitch dans laquelle ce dernier disait être « passé aux aveux ».

Son amie russe, Sofia Sapega, est également apparue dans une vidéo où elle avoue des crimes. A chaque fois, l’opposition a dénoncé des enregistrements obtenus sous la contrainte, une pratique utilisée de longue date par le régime d’Alexandre Loukachenko.