Donald Trump peut-il être « réinvesti » président à la place de Joe Biden, comme il l’aurait suggéré ?

FAKE OFF Pseudo-audits électoraux, éventuel recours devant la Cour suprême ou carrément coup d'Etat... L'ex-président américain et ses proches continuent d'attiser le complotisme de QAnon

Philippe Berry

— 

L'ex-président américain Donald Trump devant l'hélicoptère Marine One (illustration).
L'ex-président américain Donald Trump devant l'hélicoptère Marine One (illustration). — A.HANKS/WHITE HOUSE
  • Selon le New York Times, Donald Trump a confié à ses proches qu’il s’attendait à être « réinvesti » à la présidence cet été.
  • L’ex-président américain mise sur un audit non-officiel dans l’Arizona ou un hypothétique nouveau recours devant la Cour suprême.
  • Mais rien dans la Constitution américaine ne prévoit un tel scénario après l’investiture d’un président.

Malgré 61 recours perdus devant les tribunaux, 2 devant la Cour suprême, des recomptages et des audits dans une demi-douzaine d’Etats, des résultats certifiés par le Congrès et l’investiture de Joe Biden, Donald Trump n’aurait pas complètement rendu les armes. Selon la journaliste du New York Times Maggie Haberman, l’ex-président américain a confié à des proches qu’il s’attendait être « reinstated » (réinvesti ou rétabli) à la Maison-Blanche d’ici août. Son ex-avocate Sidney Powell a également évoqué le week-end dernier cette hypothèse aussi délirante qu’improbable.

Le pseudo-audit en Arizona peut-il changer la donne ?

Ce bruit de couloir ne sort pas de nulle part. Dans les communiqués qu’il publie sur son blog ou via son comité d’action politique, Donald Trump cite régulièrement un pseudo-audit des bulletins de vote commandité par des sénateurs républicains de l’Arizona, qui rejettent les résultats officiels. « Voyons ce qu’ils trouvent en Arizona. Je ne serais pas étonné s’ils trouvaient des milliers et des milliers de votes. Et après, on regardera la Pennsylvanie, et la Géorgie, et le Michigan, le Wisconsin et le New Hampshire… C’était une élection truquée », a lancé Donald Trump aux convives de Mar-a-Lago le 1er mai, avant de prendre ses quartiers d’été dans le New Hampshire.

FAKE OFF

Cette analyse des bulletins n’a aucune valeur légale. Elle est menée par une entreprise de Floride, Cyber Ninjas, qui n’a aucune expérience des audits électoraux. Son patron, Doug Logan, a partagé sur un compte Twitter – depuis effacé – des théories du complot sur une soi-disant fraude électorale.

Un audit officiel a déjà eu lieu dans le comté de Maricopa (la ville de Phoenix) en novembre dernier. 5.000 bulletins provenant de 26 bureaux de vote, qui avaient été comptés à la machine, ont été vérifiés à la main. Aucune erreur n’a été constatée (pdf), et les résultats ont été certifiés par la commission en charge du scrutin, où les républicains sont majoritaires. Une nouvelle vérification des machines à voter, en février dernier, n’a révélé aucun problème. Mi-mai, Cyber Ninjas et la patronne républicaine du Sénat ont assuré qu’une base de données avait été effacée. Donald Trump a hurlé au scandale. Mais il s’agissait d’une erreur des responsables de l’audit. Les fichiers n’ont jamais été supprimés.

Un ex-président peut-il est « réinvesti » ?

Mike Lindell, le patron des oreillers MyPillow, à qui le fabriquant des machines à voter Dominion réclame plus d’un milliard de dollars en diffamation, affirme qu’il a des « preuves irréfutables » de votes modifiés par une cyberattaque de la Chine. La semaine dernière, il a assuré à l’ancien conseiller de Donald Trump Steve Bannon qu’il collaborait avec des ministres de la justice de plusieurs Etats républicains. Et prédit que la Cour suprême des Etats-Unis allait se saisir de leur recours et annuler par « 9-0 » les résultats de l’élection. En parallèle, l’avocate Sidney Powell – également poursuivie en justice par Dominion – a déclaré ce week-end lors d’une conférence organisée par des sympathisants QAnon que Donald Trump « pourrait simplement être réinvesti, et une nouvelle date d’investiture proclamée ».

FAKE OFF

La Cour suprême a refusé de se saisir de deux recours post-élection, de républicains de Pennsylvanie et de l’Etat du Texas. Surtout, la fenêtre est depuis longtemps refermée, alors que Joe Biden a prêté serment le 20 janvier. Selon le professeur de droit constitutionnel Steve Vladeck, « Sidney Powell invente [une nouvelle théorie]. Il n’y a aucune loi ou statut pour ''réinvestir'' un président. » La seule manière de mettre fin au mandat d’un locataire de la Maison-Blanche est via l’impeachment ou le 25e amendement pour le faire déclarer incompétent. Pour changer cela, il faudrait amender la Constitution via un vote du Congrès à la majorité des deux tiers.

L’armée, l’ultime recours ?

A la même conférence, le général Michael Flynn, ex-conseiller à la Sécurité nationale de Donald Trump, a semblé se déclarer favorable à un coup d’Etat. Un participant lui a demandé : « Pourquoi ce qui s’est passé en Birmanie ne pourrait pas arriver ici ? » Réponse de Flynn : « Aucune raison. Je veux dire, ça devrait se passer ici. »

FAKE OFF

La suggestion de Michael Flynn, qui avait déjà conseillé à Donald Trump de déclarer la loi martiale après l’élection, a provoqué un tollé, surtout après les émeutes du Capitole. Certains, comme le lieutenant à la retraite Alexander Vindman, ont estimé que ces remarques « séditieuses » pouvaient être passibles de la cour martiale. Flynn a tenté de faire machine arrière, assurant qu’il avait dit : « Il n’y a pas de raison que ça se produise ici. » Mais la vidéo est claire, Michael Flynn fait une pause après « no reason », avant d’ajouter : « It should happen here », sans négation, sous les applaudissements de la salle.

Pour Donald Trump, qui a du mal à exister sans ses comptes Twitter et Facebook, évoquer un éventuel retour fracassant à la Maison-Blanche permet de galvaniser ses supporteurs les plus irréductibles et de continuer à collecter des fonds en vue d’une éventuelle candidature en 2024. Et il pourrait en avoir besoin avant : un grand jury chargé de statuer sur la tenue d’un éventuel procès Trump a été constitué la semaine dernière à Manhattan, et devrait rendre sa décision au cours des prochains mois.