Israël : Vers un « gouvernement du changement » sans Benyamin Netanyahou ?

POLITIQUE La formation d’une coalition d’opposition pourrait faire tomber le Premier ministre à la tête du pays depuis douze ans

20 Minutes avec AFP
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La formation d'un "gouvernement du changement" en Israël  pourrait faire tomber Benjamin Netanyahu
La formation d'un "gouvernement du changement" en Israël pourrait faire tomber Benjamin Netanyahu — Alex Brandon/AP/SIPA

La page de l’ère Netanyahou en passe d’être tournée. Ce dimanche, le héraut de la droite radicale Naftali Bennett a apporté son soutien au chef de l’opposition israélienne, Yaïr Lapid. Le centriste à la tête de ce mouvement n’a plus qu’à rallier quatre députés pour former une coalition d’un « gouvernement du changement » qui pourrait faire tomber Benyamin Netanyahou, Premier ministre le plus pérenne de l’histoire d'Israël.

Le mandat de Yaïr Lapid, reçu début mai du président Reuven Rivlin après l’échec de Benyamin Netanyahou à former une coalition, court jusqu’à mercredi à 23h59.

Naftali Bennett à la tête du gouvernement les deux premières années

« J’annonce que je vais tout faire pour former un gouvernement d’union avec mon ami Yaïr Lapid », a déclaré dimanche soir Naftali Bennett, qui cultivait depuis plusieurs semaines le mystère sur ses intentions. « Dans ces instants de vérité, il faut savoir prendre ses responsabilités », a-t-il ajouté dans un discours télévisé. « Yaïr et moi avons nos différences mais nous partageons l’amour de ce pays. »

« La gauche fait des compromis loin d’être faciles, quand elle m’octroie à moi (…) le rôle de Premier ministre », a-t-il poursuivi. Selon les médias israéliens, un accord entre les deux hommes prévoit que Naftali Bennett prenne la tête du gouvernement pendant les deux premières années, avant de laisser sa place à Yaïr Lapid. « Ce gouvernement sera un danger pour la sécurité de l’Etat d’Israël. Il s’agit de l’arnaque du siècle », a rétorqué dans la foulée Benyamin Netanyahou, lui aussi dans un discours retransmis à la télévision.

Quatre soutiens manquants

Pour former un gouvernement, Yaïr Lapid, à la tête du parti Yesh Atid (« Il y a un futur »), doit réunir les soutiens de 61 députés. Avec l’appui de la gauche, du centre et de deux formations de droite, il en avait rassemblé 51, jusqu’au ralliement de Naftali Bennett. Ce dernier, à la tête de la formation Yamina («A droite »), avait remporté sept sièges aux législatives du 23 mars, les quatrièmes en deux ans. Mais un de ses membres avait annoncé son refus de collaborer avec le camp anti-Netanyahou.

Avec ces six appuis supplémentaires, ce bloc qui appelle au changement après 12 ans de direction du pays par Benyamin Netanyahou, doit encore engranger quatre soutiens et compte sur les partis arabes israéliens, qui ne se sont pas encore clairement positionnés.

Echec de la coalition Netanyahou

Après des semaines marquées par la guerre de 11 jours entre le Hamas palestinien au pouvoir dans la bande de Gaza et l’Etat hébreu, des tensions à Jérusalem-Est et des heurts dans des villes judéo-arabes en Israël, Yaïr Lapid avait relancé vendredi son offre pour un « gouvernement d’union nationale », affirmant vouloir une coalition qui dise « nous sommes ici ensemble, notre lutte est commune, ce pays est notre responsabilité à tous ».

Benyamin Netanyahou avait riposté dimanche matin en appelant Naftali Bennett et Gideon Saar, chef d’un petit parti de droite, à « venir, maintenant, tout de suite », entamer des discussions en vue d’une coalition gouvernementale, sur le principe d’une rotation à sa tête, à commencer par Gideon Saar, puis Benyamin Netanyahou et Bennett. Ancien du Likoud, Gideon Saar a indiqué sur Twitter ne pas être intéressé et rester fidèle à son projet : « remplacer le régime de Netanyahou ».

Autre scénario : un retour aux urnes.

Il y a 25 ans presque jour pour jour (29 mai 1996), Benyamin Netanyahou avait vaincu le travailliste Shimon Peres et était devenu Premier ministre pour trois ans. Revenu au pouvoir en 2009, il ne l’a plus quitté depuis. Jugé pour « corruption » dans trois affaires, il est le premier chef de gouvernement israélien à faire face à des poursuites criminelles en cours de mandat.

Dimanche, le quotidien gratuit Israel Hayom, considéré comme favorable au Premier ministre, dénonçait une tentative de « putsch » afin de mettre fin à l’ère Netanyahou, soutenue par des « représentants du Hamas », une attaque indirecte contre la formation arabe israélienne Raam (islamiste) de Mansour Abbas (4 députés) qui pourrait soutenir la coalition Lapid.

Si le camp anti-Netanyahou ne parvient pas à former un gouvernement, 61 députés pourront demander au président de désigner comme Premier ministre un parlementaire. Autre scénario, le plus redouté par les électeurs déjà appelés à voter quatre fois en un peu plus de deux ans : un retour aux urnes.