Mali : Sans se montrer trop ferme, la Cédéao suspend le pays de ses institutions

SANCTION Réunis au Ghana pour un sommet extraordinaire, les pays membres ont aussi réclamé la nomination « immédiate » d’un « nouveau » Premier ministre issu de la société civile

20 Minutes avec AFP
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Le colonel Assimi Goïta, à Bamako le 24 août 2020 (illustration).
Le colonel Assimi Goïta, à Bamako le 24 août 2020 (illustration). — Baba Ahmed/AP/SIPA

Si la Cédéao a réagi au double coup d’Etat militaire au Mali, elle l’a fait cette fois moins durement qu’en août 2020 lors du premier putsch. Les membres de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest ont décidé dimanche au Ghana de suspendre le Mali de leur organisation sous-régionale commune, tout en se gardant d’autres sanctions.

Dans le communiqué final de ce sommet extraordinaire, les chefs de l’Etat « condamnent fermement le récent coup d’Etat ». Ils réclament la nomination « immédiate » d’un « nouveau » Premier ministre issu de la société civile. Ils « exigent » la libération « immédiate » des anciens président et Premier ministre de transition, arrêtés le 24 mai et écartés du pouvoir avant que le colonel Assimi Goïta ne soit déclaré président vendredi. Depuis, les deux anciens dirigeants sont rentrés chez eux, mais sont assignés à résidence. La Cédéao réaffirme également la nécessité que la transition ouverte après le premier coup d’Etat et censée ramener les civils au pouvoir soit limitée à 18 mois, et que des élections générales aient lieu comme prévu en février 2022.

Goïta n’est pas attaqué frontalement

Mais, l’organisation reste silencieuse sur la désignation du colonel Goïta comme président. Le seul véritable avertissement à son encontre ne semble être qu’un petit rappel au regard de la situation : « le chef de la transition, le vice-président et le Premier ministre de transition ne doivent en aucune circonstance être candidat à la future élection présidentielle ». Assimi Goïta était vice-président jusqu’à vendredi. Enfin, la Cédéao ne réclame pas le rétablissement des ex-président et Premier ministre dans leurs fonctions.

Après le coup d’Etat de 2020, la Cédéao avait pourtant été plus ferme en suspendant le Mali de tous ses organes de décision, en fermant les frontières de ses Etats membres et en stoppant les échanges financiers et commerciaux avec le pays, à l’exception des produits de première nécessité. Elle avait alors obtenu la nomination d’un président et d’un Premier ministre de transition civils.

Le précédent tchadien

Mais cette fois le contexte est un peu différent. Sur le plan intérieur, les sanctions d’il y a un peu moins d’un an ont été mal ressenties par une population malienne éprouvée dans un pays exsangue. A l’internationale, différentes voix ont par ailleurs souligné le précédent créé par la mansuétude diplomatique montrée vis-à-vis du Tchad où un Conseil militaire de transition de 15 généraux a pris le pouvoir le 20 avril après la mort d’Idriss Déby Itno.