Accusations d'agressions sexuelles : Cinquante-trois pays demandent des explications aux dirigeants de l'OMS

TRANSPARENCE Il est reproché aux chefs de l’Organisation d’avoir caché des cas d’accusation d’agressions sexuelles qui auraient été commis par des humanitaires de l’Organisation

20 Minutes avec AFP
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Les dirigeants de l'OMS, dont le directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus, sont accusés de ne pas avoir révélé des cas d'accusation d'agressions sexuelles qui auraient été commis par des humanitaires de l'Organisation.
Les dirigeants de l'OMS, dont le directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus, sont accusés de ne pas avoir révélé des cas d'accusation d'agressions sexuelles qui auraient été commis par des humanitaires de l'Organisation. — Xinhua News Agency.All Rights Re

Scandale à l’OMS. Ce vendredi, 53 pays membres de l’Organisation mondiale de santé ont signé un texte dans lequel ils appellent les dirigeants de l’agence onusienne à s’expliquer sur des faits d’ agressions sexuelles commises par des membres du personnel de cette organisation qu’ils auraient omis de rapporter selon plusieurs médias. Des accusations portées mi-mai contre des travailleurs humanitaires, notamment de l’Organisation mondiale de la santé, en République démocratique du Congo.

« Nous avons exprimé notre inquiétude après des informations de médias suggérant que la direction de l’OMS était au courant de cas d’exploitation sexuelle, d’agressions et de harcèlement sexuel et a omis de les rapporter comme l’exige le protocole de l’ONU et de l’OMS, tout comme les allégations selon lesquelles des membres du personnel ont tenté d’étouffer ces affaires », peut-on lire dans ce texte présenté par le Canada au cours de l’Assemblée mondiale de la santé et signé notamment par l’UE et les Etats-Unis.

« Des emplois en échange de relations sexuelles »

« Depuis janvier 2018, nous avons fait part de notre profonde inquiétude sur les allégations d’exploitation sexuelle, d’agressions et de harcèlement sexuel ainsi que sur des abus d’autorité, par rapport à des activités de l’OMS », soulignent encore les auteurs de cette déclaration commune. Les pays membres et le secrétariat de l’OMS -y compris le directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus- ont « débattu de ce sujet de façon vigoureuse et transparente » la semaine dernière. Ce vocabulaire diplomatique traduit en général de vifs échanges.

Selon une enquête de l’agence spécialisée The New humanitarian (TNH) et la Thomson Reuters Foundation rendue publique le 12 mai, « 22 femmes de la ville de Butembo ont déclaré que des travailleurs humanitaires masculins intervenant dans le cadre d’une crise d’Ebola (…) leur ont offert des emplois en échange de relations sexuelles ». L’année dernière une enquête similaire avait fait état de 51 cas dans la ville de Beni, également en République démocratique du Congo.

Le directeur général Tedros au courant

Quatorze de ces femmes « ont déclaré que les hommes s’étaient identifiés comme étant des travailleurs de l’OMS », ont souligné les enquêteurs, à propos de faits remontant à 2019. Une enquête de l’agence de presse Associated Press (AP) s’appuyant sur des courriels internes mettait en cause deux médecins travaillant pour l’Organisation mondiale de la santé, dont l’un qui se vantait de ses liens avec le docteur Tedros. Ces deux médecins ont rejeté ces accusations.

Selon l’AP, l’enquête a révélé qu'« en dépit de leurs dénégations publiques, de hauts dirigeants de l’OMS étaient non seulement au courant de ces accusations d’agressions sexuelles en 2019 mais qu’on leur a aussi demandé comment réagir ». Directement interpellés pendant un point de presse le 17 mai, ni le docteur Tedros ni Mike Ryan, le chef du programme d’intervention d’urgence de l’OMS, n’ont répondu eux-mêmes à la question de savoir s’ils étaient au courant.

Lenteur des procédures et le manque de transparence

Vendredi, le docteur Tedros a pris la parole avant la publication du texte et a rappelé qu’il avait mis en place une commission indépendante qui doit rendre un rapport à la fin août sur ces allégations. « Les enquêteurs ont le pouvoir de suivre les preuves où qu’elles les mènent », a promis le directeur général, reconnaissant que de nombreux pays membres sont « frustrés » par la lenteur des procédures et le manque de transparence.

« Je sais que je parle au nom de tous mes collègues et de l’organisation quand je dis que nous prenons ces accusations très au sérieux. Y répondre et rectifier le tir sont l’essence même de ce que nous sommes », a-t-il ajouté.