Mali : Arrêtés par les militaires, le président et le Premier ministre démissionnent

INSTABILITE Les chefs de la transition ont été arrêtés lundi par les hommes du colonel Assimi Goïta

20 Minutes avec AFP

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La police dans les rues de Bamako au Mali, le 25 mai 2021.
La police dans les rues de Bamako au Mali, le 25 mai 2021. — /AP/SIPA

Pour Emmanuel Macron, la situation au Mali n’est autre qu’un «  coup d'Etat dans le coup d’Etat ». Le président de transition Bah Ndaw et son Premier ministre Moctar Ouane ont démissionné mercredi après leur arrestation lundi par les militaires.

Selon Baba Cissé, conseiller spécial du colonel Assimi Goïta, à l’origine de ce coup de force, les chefs de l’exécutif ont démissionné en présence de la mission de diplomates venus les voir à la base militaire de Kati, à une quinzaine de kilomètres de Bamako. En réalité, cela aurait été fait avant l’arrivée de la mission à Kati, lieu de leur rétention, selon un membre de la délégation constituée de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), de l’Union africaine (UA) et de la Mission de l’Onu dans le pays (Minusma). La délégation s’est ensuite rendue dans les bureaux du colonel Goïta, vice-président de la transition, qu’elle avait déjà rencontré mardi. « On a revu le vice-président pour lui dire notre désaccord », a déclaré le même membre de la délégation sous couvert de l’anonymat.

Menaces de sanctions

Le Conseil de sécurité de l’ONU a condamné à l’unanimité cette éviction sans toutefois parler de coup de force, ni envisager de mesures coercitives. « Imposer un changement de direction de la transition par la force, y compris par des démissions forcées, [est] inacceptable », a déclaré le Conseil. Les Etats-Unis ont pour leur part suspendu l’assistance aux forces de sécurité et de défense maliennes, a annoncé le département d’Etat. Si les efforts de médiation n’aboutissent pas, « nous prendrons des sanctions contre tous ceux qui empêchent le processus de transition de se développer », a de son côté prévenu le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.

Les pays européens sont également prêts à des sanctions, a déclaré le président français Emmanuel Macron. La Cédéao a elle aussi fait savoir que des sanctions étaient possibles, comme elle l’avait fait après le coup d’Etat mené par les mêmes colonels en août 2020.

Vers une prochaine libération

La rencontre de la mission de la Cédéao avec les dirigeants arrêtés s’annonçait lourde de conséquences. « Les négociations sont en cours pour leur libération et la formation d’un nouveau gouvernement », a expliqué Baba Cissé. Une information confirmée par le chef de la délégation de la Cédéao, Goodluck Jonathan.

Mais la mission, ainsi qu’une grande partie de la communauté internationale, n’entendait pas seulement obtenir des assurances quant à leur état de santé et exiger leur libération immédiate. Elle réclamait un retour à la transition, censée ramener des civils élus au pouvoir début 2022. Le coup de force, énième soubresaut de l’histoire contemporaine malienne, soulève une multitude de questions quant à son impact sur la lutte antidjihadiste et sur la gouvernance au Mali, et plus immédiatement sur la relation future avec les colonels et le respect des échéances prévues, comme la tenue d’élections début 2022.