Présidentielle en Iran : Le chef d’Etat Hassan Rohani demande au Guide plus de candidats à l’élection

CONCURRENCE Sur les sept candidats autorisés à concourir, cinq sont des ultraconservateurs

20 Minutes avec AFP

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Le président iranien Hassan Rohani (à gauche), avec le guide suprême Ali Khamenei (à droite).
Le président iranien Hassan Rohani (à gauche), avec le guide suprême Ali Khamenei (à droite). — AY-COLLECTION

Pour le chef d’Etat iranien, les futures présidentielles manquent de candidats. Hassan Rohani a annoncé ce mercredi qu’il avait écrit au guide suprême Ali Khamenei pour lui demander d’autoriser l’inscription de nouvelles candidatures pour l’élection. Sur quelque 600 candidats au scrutin du 18 juin, le Conseil des gardiens de la Constitution, organe non élu chargé du contrôle de l’élection, en a autorisé sept à concourir, dont cinq ultraconservateurs.

« Le cœur des élections, c’est la concurrence. Si vous enlevez cela, vous avez un cadavre », a déclaré Hassan Rohani dans un discours télévisé, au lendemain de l’annonce du rejet des candidatures de son premier vice-président Eshaq Jahanguiri et d’un de ses principaux alliés, Ali Larijani.

Climat de mécontentement général

Les Iraniens sont appelés à élire un successeur à Hassan Rohani le 18 juin, dans un climat de mécontentement général face à la grave crise économique et sociale que traverse le pays, et après la répression violente des vagues de contestation de l’hiver 2017-2018 et de novembre 2019.

Pour les réformateurs et les modérés qui gouvernent avec Hassan Rohani depuis 2013, la solution aux problèmes du pays réside dans les discussions en cours à Vienne pour tenter de relancer l’accord international sur le nucléaire iranien de 2015 en y réintégrant les Etats-Unis. Au contraire, les ultraconservateurs et bien des conservateurs accusent Hassan Rohani de s’exonérer de ses responsabilités en imputant les difficultés actuelles à la seule faute des Etats-Unis et des Européens, les premiers pour avoir dénoncé ce pacte en 2018, les seconds pour n’avoir pas aidé Téhéran à contrer les effets dévastateurs des sanctions américaines contre l’Iran rétablies ou instituées depuis lors.

La victoire presque assurée pour l’utraconservateur Raïssi

A la surprise générale, le Conseil des gardiens a invalidé Ali Larijani, ancien président du Parlement et conseiller de Ali Khamenei, ainsi que Eshaq Jahanguiri, parmi d’autres noms connus, semblant offrir la victoire sur un plateau au chef du pouvoir judiciaire, l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi, qui avait obtenu 38 % des voix face à Hassan Rohani il y a quatre ans. Nombre de médias iraniens voyaient en Ali Larijani le seul candidat capable de faire de l’ombre à Ebrahim Raïssi, désormais « candidat sans rival », selon le journal réformateur Etemad.

Crédité d’un large soutien dans l’opinion, l’ancien président Mahmoud Ahmadinejad (populiste), a lui aussi été interdit de présidentielle, mais cette décision était attendue puisqu’il avait déjà été invalidé en 2017.

Risque d’abstentions

Alors que les rares projections disponibles laissent présager d’une très forte abstention le 18 juin, Hassan Rohani, qui ne peut se représenter, s’est inquiété d’un manque de mobilisation populaire le jour du scrutin, jugeant que pareil scénario pourrait nuire « au maintien de la légitimité » de la République islamique. En février 2020, les législatives ont été marquées par une abstention record (57 %) sur fond d’invalidation massive de candidats modérés et réformateurs, et de désenchantement face à l’échec de la politique d’ouverture de Hassan Rohani.

L’ayatollah Khamenei plaide depuis des semaines pour une participation « massive » et « révolutionnaire » le 18 juin. En 2005, son intervention avait conduit le Conseil des gardiens à finalement valider les candidatures à la présidentielle de deux hommes politiques qu’il avait d’abord rejetées.

L’élection transformée en nomination ?

La publication de la liste des candidats autorisés à se présenter nourrit une avalanche de critiques en Iran, où le Conseil des gardiens est régulièrement accusé de sélectionner les postulants de manière totalement arbitraire, voire d’influer directement, par ses choix, sur les résultats du scrutin. La décision du Conseil « transforme l’élection en une nomination », estime Majid, un ingénieur : « Avant c’était déguisé, maintenant cela ne l’est même plus ».

« Adieu au réformisme ? » s’interroge en une le quotidien réformateur Shargh, pour qui « même les plus sceptiques n’avaient pas imaginé qu’on puisse pousser ainsi vers la sortie [toute une famille] politique ».

A l’inverse, le journal ultraconservateur Keyhan soutient que le Conseil des gardiens est tenu par la Constitution et qu’il « ne peut pas agir sur la base de préférences personnelles ». « Il est crucial que la participation soit maximale le 18 juin, mais cette responsabilité n’incombe pas au Conseil », écrit Keyhan, pour qui le gouvernement sera seul responsable si les électeurs boudent les urnes ce jour-là.