Affaire Navalny : L'opposant russe défend ses plaintes contre l’administration pénitentiaire

DICTATURE L’opposant à Vladimir Poutine est emprisonné depuis son retour en Russie, en janvier dernier

20 Minutes avec AFP

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Alexeï Navalny comparaissait depuis sa prison, en visioconférence.
Alexeï Navalny comparaissait depuis sa prison, en visioconférence. — Evgeny Odinokov/SPUTNIK/SIPA

Un tribunal russe examinait ce mercredi trois plaintes de l’opposant emprisonné Alexeï Navalny contre l’administration pénitentiaire, lors d’une audience à laquelle il participait par visioconférence, apparaissant en bonne forme un mois après la fin de sa grève de la faim. Emprisonné en janvier à son retour d’Allemagne où il se remettait d’un empoisonnement dont il accuse le Kremlin, l’opposant et militant anti-corruption a été condamné à deux ans et demi de prison pour une affaire de fraude datant de 2014 et dénoncée comme montée de toutes pièces.

Alexeï Navalny, 44 ans, purge depuis sa peine dans la région de Vladimir, à une centaine de kilomètres de Moscou, où il a observé en avril une grève de la faim de vingt-quatre jours pour dénoncer ses conditions de détention dans un établissement pénitentiaire réputé comme l’un des plus durs de Russie. Les plaintes examinées ce mercredi portent, elles, sur le refus de l’administration pénitentiaire de cette colonie de lui donner des livres envoyés par ses proches, notamment le Coran qu’il dit vouloir étudier, sur la censure des journaux qu’il reçoit, ainsi que sur son placement sur la liste des personnes enclines à s’évader.

« C’est une situation bizarre »

« C’est une situation bizarre », a dénoncé Alexeï Navalny, en veste sombre, souriant mais le visage émacié, lors de son intervention par visioconférence devant un tribunal de Petouchki, dans la région de Vladimir. « J’aimerais qu’on me donne les livres qu’on m’a envoyés », a-t-il insisté. Assis, les épaules voûtées, l’opposant visé ces dernières années par plusieurs enquêtes criminelles et habitué des audiences n’a pas adopté cette fois de posture combative, parlant de manière posée. Alexeï Navalny a affirmé n’avoir pu recevoir le Coran qu’après son transfert dans un hôpital pénitentiaire en avril en raison de sa grève de la faim et où il est encore détenu.

L’opposant s’est plaint également que plusieurs articles des journaux qu’il recevait dans son lieu de détention précédent aient été « découpés aux ciseaux ». « Je ne suis pas contre le fait qu’on lise mes lettres. Mais pourquoi découper des articles de journaux ? », s’est-il insurgé. L’opposant se plaint aussi de son placement sur la liste des personnes enclines à s’évader, après avoir déjà accusé en avril les geôliers de la colonie pénitentiaire où il était détenu avant son hospitalisation de le réveiller plusieurs fois par nuit sous ce prétexte, un traitement qu’il a qualifié de « torture par privation de sommeil ».

« Il n’y a aucune donnée objective confirmant que je prépare une évasion. C’est une décision absurde », a-t-il dénoncé. Depuis son arrestation, les autorités ont entamé le démantèlement de son mouvement, dont plusieurs cadres ont fui à l’étranger. La justice examine actuellement une demande du Parquet de classer ses organisations comme « extrémistes », tandis que la Douma, chambre basse du Parlement, a adopté ce mercredi en troisième lecture une loi qui interdit les membres de groupes qualifiés comme tels d’être élus députés, et donc de participer aux législatives de septembre.