Syrie : Les bureaux de vote se sont ouverts pour une élection présidentielle fantoche

« ELECTION » Bachar al-Assad fait face à deux autres candidats, tolérés par le pouvoir, mais le résultat ne fait aucun doute

20 Minutes avec AFP

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Bachar al-Assad a voté, ce mercredi, à Damas.
Bachar al-Assad a voté, ce mercredi, à Damas. — AFP

La Syrie tient ce mercredi une élection présidentielle qui doit offrir un quatrième mandat au président Bachar al-Assad, un scrutin sans suspense dans un pays ravagé par une guerre meurtrière et englué dans une crise économique. Les bureaux de vote ont ouvert à 07h00 locales dans la partie du pays contrôlée par le régime, soit les deux tiers de la Syrie. Ils fermeront à 19h00, à moins d’une prolongation. Et les résultats pourront être annoncés dans les quarante-huit heures.

« Mise en scène », élection « ni libre ni juste » : les Occidentaux ont d’ores et déjà rejeté le scrutin, le deuxième du genre depuis le début en 2011 d’une guerre impliquant une multitude de belligérants et des puissances étrangères. Le conflit a tué plus de 388.000 de Syriens et Syriennes et poussé à l’exil des millions d'autres. « Je pense que la mobilisation que nous avons vue ces dernières semaines apporte une réponse suffisante et claire qui leur dit : 'Vos opinions ne valent rien, votre valeur équivaut à dix zéro' », a indiqué le président Assad en parlant des « pays occidentaux » dans un bureau de vote à Douma, ancien bastion rebelle reconquis en avril 2018 par son armée.

La télévision nationale a montré de longues files se formant dans différents endroits du pays. Pour son nouveau mandat de sept ans, dans un pays à l’économie en lambeaux et aux infrastructures en ruines, Bachar al-Assad se présente comme l’homme de la reconstruction, après avoir enchaîné les batailles militaires avec l’appui de la Russie et de l’Iran, ses alliés indéfectibles. Depuis plusieurs semaines, les portraits du président de 55 ans sont visibles sur toutes les places, notamment à Damas.

Deux candidats inconnus du grand public

Face à Bachar al-Assad, deux candidats inconnus du grand public sont considérés comme des faire-valoir : l’ex-ministre et parlementaire Abdallah Salloum Abdallah et un membre de l’opposition tolérée par le pouvoir, Mahmoud Mareï. La loi électorale impose aux candidats d’avoir vécu en Syrie dix ans consécutifs avant le scrutin, ce qui exclut de facto les figures de l’opposition en exil, très affaiblie. Leur principale coalition a dénoncé une « mascarade ».

Propulsé au pouvoir en 2000, Bachar al-Assad a remplacé son père Hafez, décédé après trente années de règne sans partage. Pour le président sortant, nul besoin de meeting de campagne ni d’entretiens avec des médias. Avant le scrutin, le chef de l’Etat a toutefois décrété une amnistie pour des milliers de prisonniers.

18 millions d’électeurs et d’électrices, en théorie

Plus de 12.000 bureaux de vote ont été aménagés dans les zones gouvernementales, selon le ministère de l’Intérieur. Et, selon les registres, le pays compte officiellement un peu plus de 18 millions d’électeurs et d’électrices. Mais avec la guerre qui a morcelé le pays et des millions de réfugiés et réfugiées à l’étranger, le nombre de votants et votantes sera en réalité plus bas. Dans une nation polarisée par la guerre, les régions autonomes kurdes du Nord-Est vont ignorer le scrutin. Tout comme le dernier grand bastion djihadiste et rebelle d’Idleb (nord-ouest), qui abrite quelque trois millions de personnes.

En 2014, Bachar al-Assad avait obtenu plus de 88 % des voix selon les résultats officiels. Le taux de participation dépassait les 73 %. Cette présidentielle était la première élection faisant concourir plusieurs candidats. Auparavant, Bachar al-Assad et son père Hafez étaient désignés par des référendums, où bien souvent le oui l’emportait à plus de 97 % des voix.