Etats-Unis : Poursuites contre Amazon pour abus de position dominante

CONCURRENCE Le procureur de Washington estime que « le comportement d’Amazon et sa part de marché prouvent son intention de bâtir un monopole, avec une dangereuse probabilité de succès »

20 Minutes avec AFP

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Le logo d'Amazon.
Le logo d'Amazon. — Michel Spingler/AP/SIPA

La façon dont Amazon utilise son pouvoir de marché est dans le viseur de la justice aux Etats-Unis. Le procureur de la capitale américaine Washington a lancé des poursuites mardi contre le géant du commerce en ligne, qu’il accuse d’entrave à la concurrence.

« Le comportement d’Amazon et sa part de marché prouvent son intention de bâtir un monopole, avec une dangereuse probabilité de succès », détaille la plainte du procureur Karl Racine. Il reproche à Amazon d’empêcher les entreprises de vendre leurs produits moins chers ailleurs que sur sa plateforme. Le juge réclame donc des dommages et intérêts ainsi que des mesures pour interdire ces pratiques.

Des commissions « jusqu’à 40 % du prix du produit »

Selon Karl Racine, le groupe de Seattle « maximise ses profits aux dépens des vendeurs et des consommateurs forcés de payer des prix artificiellement élevés, tout en nuisant à la compétition et à l’innovation ». « C’est exactement l’inverse », a fait savoir un porte-parole d’Amazon. « Les commerçants déterminent leurs prix pour les produits qu’ils vendent dans notre magasin ».

Mais pour asseoir ses accusations, le magistrat vise en particulier une clause dans les contrats avec les commerçants, qui leur interdisait de proposer leurs biens à des prix inférieurs sur d’autres sites. Toutefois, Amazon dit avoir arrêté cette pratique en 2019. « En réalité, ils ont discrètement remplacé cette clause par une autre, équivalente, qui dit que les vendeurs tiers peuvent être sanctionnés ou renvoyés d’Amazon s’ils commercialisent leurs produits pour des prix moins élevés ailleurs », assure le juge. Il mentionne aussi les « commissions élevées » prélevées par la firme, « jusqu’à 40 % du prix du produit ».

La plainte demande donc de « retirer à Amazon la capacité de nuire à la compétition », y compris en ayant recours à des mesures structurelles, qui peuvent désigner un démantèlement. « Les demandes du procureur général forceraient Amazon à afficher des prix plus élevés pour les clients, ce qui est paradoxalement contraire aux objectifs essentiels des lois antitrust », a pour sa part commenté le groupe. « Cela nuirait aussi aux PME, qui sont déjà suffisamment en difficulté en ce moment », a abondé Ryan Young, un analyste du centre de réflexion Competitive Enterprise Institute.

Avec cette plainte, la pression continue de monter aux Etats-Unis, mais aussi en Europe, contre les Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon) dont les comportements sont jugés anticoncurrentiels. Joe Biden a par exemple fait part de son intention de nommer la juriste Lina Khan à la tête de l’agence américaine de la concurrence (FTC). Cette universitaire s’était fait connaître dans le monde académique en 2017, alors qu’elle était encore étudiante, en publiant un article intitulé Le paradoxe antitrust d’Amazon dans une revue de l’université de Yale. Elle y estimait que l’arsenal législatif américain était insuffisant pour lutter contre les pratiques monopolistiques.