Avion détourné en Biélorussie : Pourquoi cette affaire est-elle un test pour l’Europe ?

DIPLOMATIE L’Union européenne doit agir fermement et de concert dans l’affaire de l’avion détourné en Biélorussie pour capturer un dissident politique

Jean-Loup Delmas
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L'Union européenne doit réagir plus fermement à l'arrestation d'un dissident politique biélorusse
L'Union européenne doit réagir plus fermement à l'arrestation d'un dissident politique biélorusse — AFP
  • L’arrestation d’un opposant politique en Biélorussie, après le détournement d’un avion européen, oblige l’Union européenne à agir fermement.
  • Des premières sanctions ont été prises, mais semblent encore bien insuffisantes.
  • Les 27 peuvent-ils réussir à trouver une réponse suffisamment ferme et adaptée ?

C’est une affaire qui n’a pas fini d’embarrasser l’Union européenne. Un vol civil reliant Athènes à Vilnius a été dérouté par la Biélorussie et forcé de se poser vers Minsk, pour une fausse alerte à la bombe. La vraie raison de ce déroutement était la présence à bord du Boeing de Roman Protassevitch, journaliste d’opposition au président du pays Alexandre Loukachenko, arrêté lors du transit de l’avion en Biélorussie.

Difficile pour les 27 de ne pas réagir : il s’agit d’un vol européen, entre deux de leurs pays qui plus est. Ce lundi, les dirigeants européens ont « condamné avec force l’atterrissage forcé d’un avion Ryanair à Minsk (…) qui a porté atteinte à la sécurité aérienne ». Un acte qualifié « terrorisme d’Etat » par plusieurs capitales, alors que l’Union européenne a décidé de fermer son espace aérien à la Biélorussie, en plus d’autres sanctions économiques et symboliques.

A la recherche de la bonne réponse

« C’est clairement un test pour l’Union européenne, d’autant plus que derrière la Biélorussie se cache l’influence de la Russie », alliée du régime de Loukachenko, note Lukas Aubin, docteur en géopolitique sur les espaces post-soviétiques. L’Union européenne a souvent échoué lors des précédents « tests » face à la Russie, notamment avec l’épisode de l’annexion de la Crimée. Depuis cet échec originel, « la Russie ne cesse de tester les limites et les manques des 27 », appuie le chercheur. Même constat du côté de Anne de Tinguy, spécialiste de la Russie : « La Biélorussie a eu un comportement inacceptable qui vise directement l’Union européenne. Cette dernière est forcée de réagir ».

Oui, mais comment ? Voilà peut-être le vrai test pour l’Europe, trouver une réponse adaptée, juste et ferme. Et cela n’est pas chose aisée, surtout que l’intervention militaire peut être d’office exclue. Lukas Aubin : « Dès lors, on retrouve la limite des régimes démocratiques face au régime autoritaire. L’usage de la force est l’apanage de la Russie et de la Biélorussie, même contre leur propre population. Face à cela, les 27 se retrouvent limités ».

Les 27 peuvent-ils faire mieux ?

En sont-ils seulement capables ? Certes, des premières sanctions ont été prises, dont certaines plutôt fortes comme la fermeture de l’espace aérien – 2.000 avions survolaient la Biélorussie chaque jour. Mais elles semblent clairement insuffisantes pour faire plier le régime autoritaire biélorusse. Bruxelles peut-il vraiment aller plus loin ? « L’Union européenne est composée de 27 Etats contre un seul, ce qui ralentit fortement ses décisions et ses potentielles actions. Il est difficile de trouver un consensus ou de frapper vraiment fort », pointe Lukas Aubin. Un problème que la Biélorussie n’a pas. Pour le docteur en géopolitique, « On voit encore l’une des limites des alliances non militaires : elles ont peu d’impact. »

La fermeture de l’espace aérien est-elle la mesure la plus forte qui sera prise ? Pas si sûr, estime Anne de Tinguy. Si les 27 sont parfois source de division et de ralentissement de prise de décision, ils ont de par leur nombre et leur importance un poids très important à faire peser : « Les 27 peuvent encore sanctionner durement la Biélorussie économiquement. L’Europe est un partenaire essentiel pour le pays avec qui il y a de nombreuses alliances commerciales, et en être exclu aurait de lourds impacts. » Alors que cette crise diplomatique est un test pour Bruxelles, celle-ci peut peut-être enfin démontrer que son arsenal de sanction est vaste et menaçant.

Frapper justement

Une nouvelle difficulté apparaît alors. « Tout l’enjeu est de ne pas trop impacter la société civile avec ces sanctions », souligne Anne de Tinguy. Prenons la fermeture de l’espace aérien biélorusse par exemple : « Dès lors, est-ce qu’on ne complique pas également l’extradition des opposants politiques au régime ? », s’interroge Lukas Aubin, qui rappelle que la Biélorussie applique encore la peine de mort.

A punir trop fort le pays, il y a un risque important : « Si on l’isole trop, on le repousse encore plus dans les bras de la Russie, qui n’attend que ça », soulève Anne de Tinguy. Une Russie déjà nécessaire à la survie politique d’Alexandre Loukachenko, et qui pourrait bien devenir encore plus indispensable. De quoi faire les affaires de Vladimir Poutine. Lukas Aubin appuie : « La Russie cherche depuis toujours à avoir une zone tampon entre l’Union européenne et elle et ne pas être encerclé par des pays des 27. La Biélorussie peut lui offrir ça ». Pour l’Union européenne, le test est donc multiple : savoir répondre, mais également trouver la réponse adéquate.