Turquie : Des appels à enquêter sur des assassinats de journalistes dans les années 90

COLD CASE Ces dernières semaines, Sedat Peker, figure de la pègre exilée à l’étranger, publie des vidéos sur Youtube dans lesquelles il accuse des membres du gouvernement de divers crimes. Dont, dans la dernière, les assassinats de journalistes dans les années 90

F.P.

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Un tribunal à Istanbul, en Turquie (illustration).
Un tribunal à Istanbul, en Turquie (illustration). — Mehmet Guzel/AP/SIPA

Des organisations de défense des droits de la presse ont appelé dimanche les autorités turques à enquêter sur des accusations portées par un parrain de la mafia concernant l'assassinat de plusieurs journalistes dans les années 1990.

Depuis trois semaines, la Turquie vit au rythme de vidéos publiées sur YouTube par Sedat Peker, figure de la pègre exilée à l'étranger, dans lesquelles il accuse des membres du gouvernement et du parti au pouvoir AKP de divers crimes et de corruption.

Des assassinats « mis sous le tapis »

Dans la dernière de ces vidéos, Sedat Peker accuse un ancien ministre de l'Intérieur, Mehmet Agar, d'avoir été le chef de ce qu'il appelle «l'Etat profond» en Turquie et assure qu'il est impliqué dans le meurtre du journaliste d'investigation Ugur Mumcu en 1993.

Le représentant de Reporters sans frontières (RSF) en Turquie, Erol Onderoglu, a appelé les autorités à enquêter sur des assassinats de journalistes qui avaient été à l'époque «mis sous le tapis». Les interrogations sur «la légitimité ou l'autorité de Peker pour porter ces accusations ne justifient pas le silence.#Impunité», a tweeté le représentant de RSF.

«Ugur Mumcu écrivait sur la terreur»

Ugur Mumcu, qui travaillait pour le quotidien Cumhuriyet, avait été tué à Ankara dans un attentat à l'explosif en démarrant sa voiture. Les responsables n'avaient jamais été retrouvés. Ce journaliste était «un homme respectable», selon Sedat Peker. «Pourquoi a-t-il été tué ? Jetez un coup d'oeil à ce qu'il écrivait lorsqu'il a été tué», a-t-il ajouté.

«Ugur Mumcu écrivait sur la terreur, mais lorsqu'il a abordé la question de savoir qui bénéficiait de cette terreur, il a été éliminé», a expliqué cette figure de la pègre. «Qui est arrivé le premier (sur la scène de l'assassinat) ? Le tueur est arrivé le premier», a-t-il ajouté en référence à Mehmet Agar.

Une autre affaire de meurtre soulevée par Sedat Peker

Sedat Peker a également acccusé un ancien lieutenant-colonel, haut gradé des services de renseignement turcs (MIT), Korkut Eken, d'avoir ordonné le meurtre d'un autre journaliste, le Chypriote-turc Kutlu Adali, du journal de gauche Yeni Düzen. Il avait été tué par balle devant son domicile en 1996. Les responsables n'avaient pas été davantage retrouvés.

«Nous voulons une enquête sur les meurtres de #UgurMumcu et #KutluAdali», a tweeté dimanche le Syndicat des journalistes turcs. «Nous exigeons que les suspects soient traduits devant la justice. Nous appelons les procureurs à faire leur devoir».

Un journaliste de l'agence de presse étatique turque Anadolu a été limogé vendredi après avoir posé une question sur des accusations embarrassantes portées par Sedat Peker contre le puissant ministre de l'Intérieur Süleyman Soylu.

Dans l'une de ces vidéos, Sedat Peker a notamment affirmé que le ministre l'avait protégé et lui avait permis de fuir la Turquie avant d'être arrêté.