Suède : Les enfants « endormis », ce syndrome mystérieux qui touche de plus en plus de réfugiés

MALADIE Ces enfants, tous issus de famille demandant l’asile au pays, se retrouvent dans des états d’apathie généralisés pendant plusieurs semaines, mois, voire années

M.F
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Le syndrome des enfants endormis touche des centaines d'enfants issus de famille demandant l'asile en Suède. (Illustration)
Le syndrome des enfants endormis touche des centaines d'enfants issus de famille demandant l'asile en Suède. (Illustration) — iarunk / Pixabay

C’est une maladie que l’on explique encore peu et qui toucherait des centaines d’enfants en Suède depuis plus de 20 ans. Comme le rapporte le Courrier international, on les appelle, les enfants endormis. Des enfants qui ne souffrent d’aucune maladie apparente, mais restent dans un état d’apathie généralisé. Allongés, les yeux fermés, ils ne bougent plus et ne font que respirer. Un état de sommeil sans fin. Comme chez les patients comateux, ils sont perfusés par sonde nasogastrique.

Le phénomène des enfants endormis serait apparu dans le pays scandinave dans les années 1990 et aurait particulièrement augmenté dans les années 2000. Rien qu’entre 2003 et 2005, 424 cas ont été recensés, rapporte le journal qui assure que depuis, plusieurs centaines d’autres cas sont apparus. Cette maladie touche les petits garçons comme les petites filles, mais a cependant été observée chez un certain type de population : les réfugiés.

Endormis mais conscients

La neurologue irlandaise qui a mené l’enquête dans Courrier international explique que ces enfants, avant de tomber dans un sommeil profond, ont développé de l’anxiété, des symptômes dépressifs et ont changé de comportement. « Ils cessent de jouer avec les autres d’abord, avant d’abandonner totalement le jeu. Ils se replient progressivement sur eux-mêmes, au point, rapidement, de ne plus pouvoir aller à l’école. Ils parlent de moins en moins, jusqu’à ne plus dire un mot. Vient ensuite l’alitement. A terme, ils cessent toute interaction avec le monde », détaille l’experte.

La médecine suédoise a évidemment tenté d’expliquer le phénomène sans grand succès. Les examens médicaux poussés sur des enfants hospitalisés n’ont donné aucun résultat. Les électroencéphalogrammes ont montré que contrairement aux apparences et même s’ils ne répondaient à aucun stimulus, ils étaient conscients. Il ne s’agit pour autant pas d’un caprice ou de jouer la comédie quand on sait que les enfants restent plongés dans cet état quelques semaines, d’autres plusieurs mois, certains des années. Les médecins suédois ont fini par appeler cette maladie le « syndrome de la résignation ».

Apparition de la maladie à la troisième demande d’asile rejetée

Ce symptôme ne provient pas non plus de nulle part, puisqu’il touche uniquement les enfants issus de familles demandeuses d’asile. Des enfants qui avant le repos n’ont connu que les conflits, les persécutions et la violence, comme ceux venant de Syrie où la guerre dure depuis maintenant 10 ans.

Dans le reportage du Courrier international, la neurologue irlandaise rencontre deux sœurs syriennes endormies. Les symptômes de la première ont commencé depuis leur arrivée sur le sol suédois et pour la deuxième, à la troisième demande d’asile rejetée, quand la famille a reçu l’ordre de quitter la Suède.

Un syndrome né du désespoir

Si les raisons psychologiques du syndrome des enfants endormis semblent assez explicites, des questions demeurent. Pourquoi les adultes ne sont pas touchés ? Pourquoi ce phénomène touche tout particulièrement les Yézidis, les Ouïghours et les anciens pays soviétiques plutôt que d’autres ethnies ? Les experts étudient la piste des hormones, des neurotransmetteurs, ainsi que des traumatismes de la petite enfance. Mais selon toute vraisemblance, c’est le désespoir qui serait à l’origine du sommeil profond de ces enfants.

Un psychologue interrogé par le média le confirme : plusieurs enfants sont peu à peu revenus à la vie lorsqu’une autorisation de séjour a été délivrée à leur famille. En 2015, 163.000 réfugiés avaient demandé l’asile au royaume nordique quelque peu dépassé par les événements. Cinq ans plus tard, la Suède a adopté des mesures plus strictes concernant sa politique migratoire.