Algérie : Garde à vue prolongée pour la journaliste interpellée lors d'une manifestation

REPRESSION Kenza Khatto aurait été violemment interpellée en marge d’une manifestation du Hirak

20 Minutes avec Agences

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Le mouvement Hirak est de retour en Algérie
Le mouvement Hirak est de retour en Algérie — Toufik Doudou/AP/SIPA

La journaliste algérienne Kenza Khatto, arrêtée vendredi lors d’une tentative de marche du mouvement de protestation du Hirak, a vu sa garde à vue être prolongée, a indiqué dimanche la radio pour laquelle elle travaille. « Selon toute vraisemblance, la garde à vue de Kenza Khatto a été prolongée de 24 heures, car elle n’a pas été libérée ni déférée devant le parquet » comme attendu, a expliqué son avocate Zoubida Assoul à la station Radio M, média privé proche de l’opposition. « Elle porte les stigmates de son interpellation violente, notamment des blessures apparentes au niveau du cou et du bras », a-t-elle ajouté.

Le Comité national pour la libération des détenus (CNLD) avait annoncé plus tôt la prolongation de la garde à vue, indiquant que la journaliste serait « présentée devant le procureur du tribunal de Sidi M’hamed d’Alger, lundi 17 mai 2021 ». Kenza Khatto a été arrêtée par la police vendredi à Alger, avec une douzaine de reporters et photographes de presse, dont celui de l’AFP, Ryad Kramdi, alors qu’ils s’apprêtaient à couvrir la marche hebdomadaire du Hirak.

Une garde à vue jugée « abusive »

Alors que ses collègues étaient relâchés après plusieurs heures, Kenza Khatto a été placée en garde à vue. « Nous ignorons toujours le ou les motifs de cette procédure », a souligné Radio M, qui avait dénoncé samedi la garde à vue « abusive » de sa journaliste politique. « L’intimidation et le harcèlement des journalistes n’empêcheront pas les images des Algériens en marche de continuer à témoigner de ce qui se déroule dans l’espace public », a affirmé Radio M.

La Ligue Algérienne pour la défense des droits de l’Homme a fait état d’un millier d’interpellations à travers tout le pays après les manifestations de vendredi. La plupart des personnes arrêtées ont été libérées mais d’autres comparaissaient dimanche devant les tribunaux.

Une presse muselée

« Les médias se trouvent confrontés à la nouvelle politique des services de sécurité qui les considèrent comme de potentiels adversaires à museler », a écrit le quotidien francophone Liberté. L’Algérie figure à la 146e place (sur 180) du classement mondial de la liberté de la presse 2020 établi par RSF, dégringolant de 27 places par rapport à 2015.

A l’approche des élections législatives anticipées du 12 juin, rejetées par le Hirak, la répression s’accroît à l’encontre des militants, des opposants et des journalistes indépendants, tandis que le régime paraît déterminé à briser le mouvement pro-démocratie. Selon le CNLD, plus de 70 personnes sont actuellement incarcérées, poursuivies pour des faits en lien avec le Hirak et/ou les libertés individuelles.

L’ONU et l’UE suivent de près la situation

Le ministère de l’Intérieur a par ailleurs décidé d’obliger les organisateurs des marches du Hirak à « déclarer » au préalable les manifestations auprès des autorités, ce qui revient de facto à les interdire. Après l’ONU, « de plus en plus préoccupée » par les attaques contre les droits de l’Homme en Algérie, l' Union européenne​ a affirmé « suivre de près » la situation.

« Le respect des libertés fondamentales et des droits humains est inscrit dans la Constitution algérienne et constitue également un élément essentiel des relations UE-Algérie », a rappelé cette semaine le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell. Né en février 2019, le Hirak réclame un changement radical du « système » politique en place depuis l’indépendance en 1962.