Des Algériens désabusés à l'approche de la présidentielle

Armelle Le Goff

— 

L'Algérie est au bord de l'indigestion. C'était hier la date limite du dépôt des dossiers de candidature à l'élection présidentielle du 9 avril prochain. L'actuel président, Abdelaziz Bouteflika, 71 ans, dans un état de santé alarmant, a annoncé le 12 février qu'il briguerait un troisième mandat.

Certes, le pays tout entier s'attendait à un tel scénario. Le 12 novembre 2008, l'Assemblée populaire nationale avait approuvé la révision de la Constitution dans le but avoué de permettre au chef de l'Etat de se représenter une troisième fois. Mais tout de même... Une confiscation aussi éhontée des institutions menace un peu plus l'équilibre précaire d'une société à bout de souffle.

Même les candidats qui pourraient se présenter contre Bouteflika ont décidé de s'abstenir. Les figures de l'opposition, dont la participation sert à donner au scrutin un vernis démocratique, semblent cette fois refuser de jouer le jeu. Ainsi, l'ancien président Liamine Zeroual (1994-1998) a opposé une fin de non-recevoir à ceux qui le pressaient de se porter candidat. Même refus chez Saïd Saadi du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) au motif que « la participation à une telle compétition serait synonyme de compromission dans une opération d'humiliation nationale ». Ce sont les plus retentissantes, mais ces deux défections sont loin d'être les seules. Si bien que selon la presse algérienne, à quelques exceptions près, seuls les « Sanafirs » (« schtroumpfs », en arabe) seront susceptibles de participer à un scrutin dont l'issue est courue d'avance.

De son côté, Bouteflika semble déterminé à maintenir le pays dans un statu quo, qui, selon Selma Belaala, chercheuse à l'Institut d'études politiques de Paris, rappelle « la période du président Houari Boumediene, brutale et autoritaire, le développement en moins ». Car c'est bien là la tragédie de l'Algérie, pays riche en hydrocarbures, où la population peine à assurer son quotidien. Et où, selon Selma Belaala, se joue, dans un huis clos étouffant, le drame des « harragas », jeunes Algériens auxquels un pouvoir népotique empêche tout accès au marché du travail.

« Le monopole politique des élites issues de l'indépendance s'exerce aux dépens de toute une catégorie de la population, au motif que celle-ci n'a pas participé à la lutte », analyse Selma Belaala, qui voit dans cette situation la raison d'un phénomène de « suicide quasi collectif » de la part d'une génération prête à se jeter dans la mer pour rejoindre l'étranger plutôt que de rester à quai et au chômage. En Algérie, le désespoir semble être devenu si profond qu'il n'y a même plus d'espoir de révolte. ■