Coronavirus : Mais que se passe-t-il aux Seychelles, qui connaissent une nouvelle vague malgré la vaccination ?

EPIDEMIE Malgré 61 % de sa population doublement vaccinée, les Seychelles connaissent une nouvelle vague épidémique. Comment l’expliquer ?

Jean-Loup Delmas

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Des touristes bronzent sur une plage de l'île de Praslin aux Seychelles le 6 mars 2012
Des touristes bronzent sur une plage de l'île de Praslin aux Seychelles le 6 mars 2012 — Alberto Pizzoli AFP
  • 61 % de population doublement vaccinée, mais une nouvelle vague de coronavirus, c’est le paradoxe des Seychelles.
  • Avec des cas qui ne cessent d’augmenter, l’archipel a même dû reprendre des mesures drastiques.
  • Comment expliquer cette situation ?

Cauchemar aux Seychelles. Avec 61 % de sa population ayant reçu une double dose de vaccin contre le coronavirus, l’archipel est l’un des leaders mondiaux des pays les plus vaccinées au monde, dépassant même Israël (59 %), et étant à des années-lumière des Etats-Unis (32 %), du Royaume-Uni (24 %), ou de la France (10 %).

Oui mais voilà, malgré ce pourcentage très avantageux, l’archipel fait face à une explosion des cas depuis mi-avril. La semaine dernière, 115 nouveaux cas étaient détectés chaque jour en moyenne, contre 15 nouveaux cas quotidiens il y a un mois. A l’échelle de la France, 115 cas quotidiens sur l’archipel représenteraient pour notre pays 79.000 nouveaux cas par jour.

Face à cette flambée épidémique, les îles ont pris des mesures drastiques : les écoles ont fermé ce mardi pour une durée de trois semaines, restaurants et bars doivent arrêter leur service plus tôt, le télétravail reste la norme et le couvre-feu est maintenu à partir de 23 heures. Mais comment expliquer cette nouvelle vague ? 20 Minutes fait le point.

Comment se compose cette nouvelle vague ?

Deux tiers des personnes testées positives ces derniers jours sont soit non-vaccinées, soit partiellement vaccinées, c’est-à-dire qu’elles n’ont pas reçu les deux doses. « Or, les vaccins à double dose ne sont totalement efficaces qu’après la double injection, et même souvent il est recommandé d’attendre encore une ou deux semaines après la seconde dose » pour se considérer totalement immunisé, explique l’épidémiologiste Antoine Flahault. Avec ce nouveau critère en tête, c’est seulement 45 % de la population du pays qui a eu deux doses il y a plus de deux semaines.

Certes, les Britanniques notamment ont obtenu d’excellents résultats après une seule dose du vaccin AstraZeneca, retardant au maximum la deuxième pour vacciner le plus de personnes possibles. Mais le virus avait énormément circulé au Royaume-Uni, contrairement aux Seychelles, comptant proportionnellement près de sept fois plus de décès. Une étude avait ainsi montré que plus de la moitié des Ecossais de plus de 80 ans présentaient, avant la vaccination, des anticorps au Covid-19, ayant donc déjà été infectés. Dans ce cas, la première dose agit comme un rappel, ce qui démultiplie son efficacité.

« Il y a probablement eu un relâchement trop important avec les bons résultats vaccinaux. Mais c’était oublier que 40 % de la population n’est pas vaccinée, et c’est cette partie qui compose la majorité de la nouvelle vague », pointe Antoine Flahault.

Que penser des personnes doublement vaccinées et positives ?

Il n’empêche, un tiers des personnes positives sont doublements vaccinées. Comment l’expliquer ? Tout simplement parce que le vaccin a pour but non pas d’empêcher d’attraper le coronavirus, mais bien de stopper les formes graves et les décès. Une confusion qui revient souvent, notamment en France lorsque le Covid réapparaît dans des Ehpad majoritairement vaccinées. Récemment, à Toulouse, des résidents d’un Ehpad doublement vacciné ont été détectés positif au coronavirus, créant là aussi une multitude de réactions. Mais aucun d’eux n’a développé une forme grave de la maladie, ni même nécessité une hospitalisation.

« Pour l’instant, il n’y a aucun élément pour nous dire que les vaccins aux Seychelles ne sont pas efficaces sur les formes sévères du coronavirus », précise Antoine Flahault. Depuis le tout début de l’épidémie, l’archipel compte 28 morts pour 98.000 habitants, le dernier décès remontant au 2 avril.

Certes de plus en plus d’études laissent à penser que la vaccination diminue fortement la transmission virale. Mais cela n’empêche pas d’avoir le coronavirus, et avec deux tiers des nouveaux cas non-vaccinées, il est tout à fait possible que ce soit eux qui participent le plus à la circulation du virus.

Les vaccins utilisés sont-ils en cause ?

Les Seychelles ont utilisé le vaccin chinois Sinopharm et le Covishield, version d’AstraZeneca fabriquée en Inde. Le vaccin Sinopharm a une efficacité contestée. Selon ses concepteurs, le vaccin serait efficace à 79 % contre les formes graves du coronavirus (contre 95 % pour Pfizer/BioNtech). Selon d’autres études, l’efficacité ne serait que de 50 %. Le Washington Post évoquait en avril les doutes des autorités sanitaires chinoises elles-mêmes sur l’efficacité de ce vaccin.

Pour AstraZeneca, le problème pourrait venir du variant sud-africain. Ce dernier représentait déjà 28 % des séquençages dès février selon les autorités sanitaires du pays. Or, AstraZeneca présente des résultats bien moindres face au variant sud-africain. La situation géographique des Seychelles, entre l’Afrique du Sud et l’Inde, et avec une ouverture massive au tourisme, a pu contribuer à importer des variants sur le territoire.

Mais pour l’instant, comme le rappelle Antoine Flahault, rien ne montre que la nouvelle vague entraîne des formes graves chez les personnes vaccinées. Il faudra donc attendre encore quelques semaines (les hospitalisations et les décès se faisant en décalage par rapport à l’arrivée de nouveaux cas) pour jeter le doute sur les vaccins utilisés. Et garder en mémoire que cette nouvelle vague aux Seychelles ne s’explique pas par un seul facteur, mais probablement plus par une combinaison de tous ceux évoqués plus haut.