Coronavirus: Les Etats-Unis favorables à la levée des brevets sur les vaccins anti-Covid

SOLIDARITÉ Le patron de l'OMS a salué une position «historique» mais l'industrie pharmaceutique est loin d'être ravie

20 Minutes avec AFP

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Illustration de vaccins anti-Covid.
Illustration de vaccins anti-Covid. — Top Photo/Sipa USA/SIPA

Pour le patron de l’OMS, il s’agit d’une « décision historique ». Les Etats-Unis ont annoncé mercredi qu’ils étaient favorables à la levée des brevets sur les vaccins anti-Covid, une prise de position exceptionnelle à l’heure où les pays pauvres manquent cruellement des précieuses doses, seules armes contre la pandémie qui poursuit ses ravages, notamment en Inde. Mais la Fédération internationale de l’industrie pharmaceutique (IFPMA) a jugé « décevante » cette annonce.

« Il s’agit d’une crise sanitaire mondiale, et les circonstances extraordinaires de la pandémie du Covid-19 appellent à des mesures extraordinaires », a souligné la représentante américaine au Commerce Katherine Tai, soulignant l’urgence de la situation. « L’administration croit fermement aux protections de la propriété intellectuelle, mais pour mettre fin à cette pandémie, elle soutient la levée » des brevets sur les vaccins anti-Covid, a justifié la responsable, précisant que Washington participait « activement » aux négociations menées à l’Organisation mondiale du Commerce pour permettre la levée de ces brevets.

Les labos déçus

Pour l’heure, les brevets sont détenus essentiellement par des laboratoires américains qui sont globalement opposés à leur levée car cela les priverait, selon eux, d’une manne financière pour des innovations coûteuses. Sollicités par l’AFP, Johnson & Johnson, Pfizer et Moderna n’ont pas directement réagi à l’annonce américaine.

« Nous sommes totalement en phase avec l’objectif que les vaccins anti-Covid 19 soient rapidement et équitablement partagés dans le monde. Mais comme nous n’avons de cesse de le dire, une suspension est la réponse simple mais fausse à un problème complexe », a-t-elle l’IFPMA.

Stephen Ubl, le président de la fédération américaine (PhRMA), a souligné que cette décision pourrait ainsi « affaiblir davantage les chaînes d’approvisionnement déjà tendues et favoriser la prolifération des vaccins contrefaits ». Selon lui, il faut plutôt s’attaquer au problème de la distribution et de la disponibilité « limitée » des matières premières.

La France contre la levée des brevets

L’annonce de Washington intervient alors que la fracture se creuse entre les nations déshéritées à la peine et les pays riches, où les campagnes de vaccination – bientôt élargies aux Etats-Unis aux adolescents et au Canada aux enfants dès 12 ans – , permettent une levée progressive des restrictions sanitaires.

Exhortés par l’OMS à la solidarité dans ce domaine, les membres du G7 (Etats-Unis, Japon, Canada, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie) ont discuté mercredi à Londres des moyens d’augmenter leur assistance financière ou de partager leurs doses excédentaires pour aider les Etats pauvres.

La levée temporaire des brevets sur les vaccins est notamment réclamée par l’Inde et l’Afrique du Sud pour pouvoir accélérer la production mais certains pays dont la France y sont opposés. Paris plaide plutôt pour des dons en faveur des pays démunis. Dans ce contexte, Katherine Tai reconnaît que les tractations à l’OMC « prendront du temps étant donné la nature consensuelle de l’institution et la complexité des questions en jeu ».