Mali : Que sait-on de l’enlèvement d’un journaliste français par des djihadistes ?

MONDE Le journaliste français Olivier Dubois a affirmé avoir été enlevé dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux ce mercredi

M. F. et F. F avec AFP
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Le journaliste français Olivier Dubois serait retenu depuis le 8 avril par un groupe djihadiste malien.
Le journaliste français Olivier Dubois serait retenu depuis le 8 avril par un groupe djihadiste malien. — social media / AFP
  • Le Quai d’Orsay a confirmé ce mercredi matin la disparition au Mali du journaliste français Olivier Dubois.
  • Plus tôt dans la matinée, une vidéo diffusée sur les réseaux le montrait affirmant avoir été kidnappé par un groupe djihadiste dans le nord du pays.
  • Sur ces images, il indique avoir été enlevé par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans.

Ce mercredi, un responsable du ministère français des Affaires étrangères à Paris a confirmé la « disparition » du journaliste français Olivier Dubois. Plus tôt dans la matinée, une vidéo circulant sur les réseaux sociaux montrait le collaborateur de divers médias, affirmant avoir été kidnappé début avril au Mali par des djihadistes affiliés à Al-Qaïda.

Assis par terre, les jambes croisées sur une toile de couleur verte, dans ce qui semble être une tente, il dit s’adresser à sa famille, à ses amis et aux autorités françaises « pour qu’elles fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour (le) faire libérer ».

Que s’est-il passé ?

Dans la brève vidéo d’une vingtaine de secondes diffusée sur les réseaux ce mercredi, mais dont on ignore la provenance, Olivier Dubois explique avoir été enlevé le 8 avril à Gao (nord) par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM).

Selon Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontière, « Olivier Dubois était en reportage à Gao au Mali. Le 8 avril, il n’est pas rentré à son hôtel après le déjeuner », écrit ce dernier sur Twitter. « Nous avons été informés deux jours après sa disparition. En concertation avec les rédactions qui l’emploient habituellement, nous avons pris la décision de ne pas rendre publique cette prise d’otage, afin de ne pas entraver une éventuelle issue positive rapide », ajoute-t-il, en demandant aux autorités maliennes et françaises de « tout mettre en œuvre pour obtenir sa libération ».

« Je l’ai eu la veille de son départ pour Gao, confie à 20 Minutes Matteo Maillard, journaliste au Mali, correspondant pour plusieurs médias. Il a caché à tout le monde la raison de son reportage mais nous a confié que c’était une mission compliquée qu’il avait préparée de longue date avec des intermédiaires locaux. » « On n’a su qu’après son enlèvement qu’il avait rendez-vous avec un chef djihadiste de la région, poursuit son confrère et ami. On ne sait pas où se trouve la faille. S’il a bien rencontré qui il devait interviewer. Si quelqu’un en amont lui a promis une interview et l’a vendu à un autre groupe, voire à des brigands qui eux-mêmes l’ont revendu. »

Bien que la mission semble dangereuse, selon son confrère, le journaliste avait évalué les risques d’un tel reportage. « Olivier est quelqu’un de consciencieux et qui connaît bien le Mali, mais on ne peut jamais écarter le pire, comme ce qui lui arrive aujourd’hui. La situation au Sahel est extrêmement volatile et malgré nos informations pointues sur l’évolution quotidienne du conflit, tout risque n’est pas prévisible, explique-t-il. Cela peut arriver à n’importe qui ici, même si le danger n’est pas le même selon les missions et la localisation. Une mission comme la sienne à Gao est plus dangereuse qu’un reportage à Bamako, Ségou ou Sikasso. »

« C’est quelqu’un qui sait ce qu’il fait et assure toujours ses arrières, indique à 20 Minutes son confrère Paul Lorgerie, journaliste indépendant au Mali. Cette fois j’imagine qu’il partait pour de bonnes raisons, qu’il était sûr de son coup et qu’il faisait confiance à la personne avec qui il partait. En plus il allait à Gao, qui normalement en pleine journée est assez sécurisée. Ce n’est pas un reportage en 4x4 en pleine brousse. »

Qui est Olivier Dubois ?

Journaliste freelance de 46 ans, Olivier Dubois est « basé au Mali, Bamako, depuis août 2015 », comme il l’indique sur son compte professionnel LinkedIn. Coauteur et coréalisateur de Poilorama, web série documentaire pour ARTE Créative, il indique couvrir « l’actualité nationale malienne, plus particulièrement sur les sujets sécurité, terrorisme et mise en œuvre de l’accord de paix d’Alger ». « C’est quelqu’un qui a beaucoup d’expérience. C’est le vétéran du groupe de journalistes correspondants à Bamako. Il est là depuis six ans et travaille sur le Mali depuis dix ans », raconte à 20 Minutes Matteo Maillard.

« C’est quelqu’un d’extrêmement chaleureux qui n’hésite pas à aider ses confrères, donner des contacts, mettre en relation, aiguiller, assure le correspondant à Bamako. Un journaliste chevronné qui connaît le terrain et les enjeux sahéliens. On le voit comme un grand frère bienveillant. » « C’est quelqu’un d’enthousiaste et toujours souriant, complète Paul Lorgerie. Il est amoureux de ce qu’il fait ici au Mali, donc plein d’entrain pour son travail. Il aime aller au bout des choses. Son domaine de prédilection c’est vraiment le sécuritaire, le djihadisme. C’est vraiment son train-train depuis qu’il est arrivé au Mali. »

« Ce journaliste aguerri qui travaille habituellement pour Le Point Afrique et Libération connaissait bien cette région très dangereuse », complète sur Twitter Christophe Deloire. Dans ces deux derniers articles réalisés pour Le Point, Olivier Dubois était parti en reportage aux côtés de l’organisation autonome de lutte contre les djihadistes au Mali Dan Na Ambassagou.

Le quotidien Libération, tout comme le magazine Le Point pour lequel il travaillait régulièrement, ont indiqué ne pas souhaiter faire de commentaire dans l’immédiat.

Qui est le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans ?

Dit le GSIM, ou Jnim en arabe, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans serait, selon les dires du journaliste dans la vidéo, l’auteur de l’enlèvement selon les dires d’Olivier Dubois dans la vidéo. Né en mars 2017 de la fusion de plusieurs groupes du Sahel, le groupe se présente alors « comme le plus grand rassemblement de djihadistes de la région ».

Le groupe dirigé par le Malien Iyad Ag Ghaly était impliqué dans la détention de plusieurs Occidentaux, dont Sophie Pétronin. Il s’est notamment fait connaître en 2018 après avoir revendiqué la double attaque de Ouagadougou, qui avait fait huit morts parmi les forces de l’ordre dans la capitale burkinabè.

Où en est l’enquête ?

« Les autorités françaises sont au courant depuis le 8 avril mais n’ont pas communiqué, nous non plus afin de les laisser travailler en espérant une issue rapide », explique Matteo Maillard. « Nous sommes en contact avec sa famille ainsi qu’avec les autorités maliennes. Nous procédons aux vérifications techniques d’usage », a indiqué à 20 Minutes le ministère français des Affaires étrangères.

« Sur la vidéo il a l’air plutôt en bonne santé, mais assez stressé et préoccupé », constate son confrère Paul Lorgerie qui avait pour habitude de le voir régulièrement.

Il n’y avait plus de Français otage dans le monde depuis la libération en octobre 2020 de Sophie Pétronin, une septuagénaire enlevée près de quatre ans plus tôt par des hommes armés à Gao également, où elle vivait et dirigeait depuis des années une organisation d’aide à l’enfance.