Un mois à la Maison Blanche: Obama s'active, mais prend des risques

ETATS-UNIS Un plan de relance gigantesque, la fermeture de Guantanamo, un coup de fil à Mahmoud Abbas. Le Président n'a pas chômé...

Maud Descamps avec agence

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Barack Obama se rend au Canada pour son premier voyage officiel
Barack Obama se rend au Canada pour son premier voyage officiel — REUTERS/Kevin Lamarque

Bill Clinton lui donne un «A», mais lui conseille d'être plus positif. Pas de quoi s'inquiéter, en apparence, pour le président américain un mois, jour pour jour, après son entrée à la Maison Blanche. Pourtant, Barack Obama n'a pas hésité à prendre des risques dès le début de son mandat. Tout d'abord en promulguant un gigantesques plan de relance qui risque sérieusement de creuser le déficit. Mais aussi en annonçant des interventions massives de l'Etat dans la finance, l'immobilier et l'automobile. Le tout en s'appliquant à marquer la rupture avec son prédécesseur.

Le défi économique qui pourrait lui coûter un deuxième mandat

En trente jours, le Président n'a pas chômé. Pas moins de 787 milliards de dollars vont être consacrés à la remise sur pieds de l'économie américaine après un passage en force au Sénat. Le vote du texte représente une première victoire pour Barack Obama. Bill Clinton l'a même félicité pour ce premier mois de gestion de la crise économique, dans une interview accordée à la chaîne américaine ABC. Seul reproche fait par l'ancien président démocrate, une attitude pas assez positive lors de ses interventions en public.

Mais le Président fraîchement investi affiche parfois une mine fatiguée. Il faut dire que le contexte économique dans lequel il a fait ses premiers pas au bureau ovale nécessitait quelques nuits de travail. Et ce n'est pas terminé. Malgré le passage du texte au Congrès, le plan de relance ne fait pas l'unanimité, en particulier sur les marchés. De plus, l'administration doit maintenant décider jusqu'où elle soutiendra le secteur automobile, alors que les géants General Motors et Chrysler ont demandé 25 milliards de dollars de plus pour échapper à la faillite. Mais Barack Obama ne manque pas de clairvoyance sur son cas. «Si, d'ici quelques années, les gens n'ont pas le sentiment que l'économie est repartie et que je n'ai pas orienté le pays dans la bonne direction, alors vous aurez un nouveau président», a-t-il déclaré la semaine dernière en Floride.

Obama ne manque pas non plus de réalisme lorsqu'il s'agit de ses erreurs de casting. «I screwed up» (j'ai foiré) a-t-il déclaré après les retraits de son secrétaire à la Santé, Tom Daschle, et de Nancy Killefer, chargée de veiller au bon fonctionnement des programmes fédéraux et des dépenses. Tous deux étaient aux prises avec le fisc américain.

Guantanamo et le Canada pour l'ère post-Bush

Le nouveau chef d'Etat n'a pas attendu longtemps, non plus, avant de défaire l'héritage de George W. Bush. Premièrement, en signant le décret de fermeture de la prison de Guantanamo, symbole de l'administration Bush. Même si en réalité il faudra attendre plusieurs mois pour que le centre détention mette la clef sous la porte. Le Président a, par la même occasion, révisé les méthodes d'interrogatoire des agents de la CIA, notamment en interdisant la torture.

Autre signe de rupture avec son prédécesseur, son premier voyage officiel. Alors que Bush s'était rendu au Mexique, Obama a renoué avec la tradition en se rendant au Canada ce jeudi. Malgré un petit lapsus - il a dit «être heureux d'être en Iowa» avant de se rattraper et de dire «à Ottawa» - le locataire de la Maison Blanche s'est attelé à rassurer ses voisins inquiets de son désir de réexaminer l'Alena, le grand accord de libre-échange entre leur pays, les Etats-Unis et le Mexique, ainsi que du plan de relance économique, assorti d'une clause affirmant la préférence nationale.

La politique étrangère pour redorer le blason

Les défis n'ont pas tardé non plus sur le front international avec un premier coup de fil officiel adressé au chef de l'autorité palestinienne Mahmoud Abbas, ainsi qu'à d'autres dirigeants du Proche-Orient pour s'engager auprès d'eux «à oeuvrer activement à la paix israélo-arabe dès le début de son mandat», le lendemain de son investiture. Des paroles suivies de la nomination du sénateur à George Mitchell au poste d'émissaire pour le Proche-Orient. Dans la foulée, le Président envoie un signal au monde musulman en accordant sa première interview officielle à la chaîne étrangère chaîne al-Arabiya.

Autre dossier brûlant, l'Afghanistan, l'un de ses thèmes de campagne. Barack Obama a annoncé, le 18 février, l'envoi de 17.000 soldats supplémentaires d'ici à cet été. Et les pays de l'Otan se sont engagés jeudi à fournir assez de troupes pour garantir la sécurité de l'élection présidentielle afghane prévue en août, une «priorité stratégique», selon le secrétaire général de l'Alliance militaire occidentale, Jaap de Hoop Scheffer. Le chef d'Etat a également pris en main le dossier iranien en faisant naître l'espoir d'un dialogue. Une perspective inimaginable sous Bush.

Un début de mandat sur les chapeaux de roue donc, mais l'état de grâce risque de ne pas durer. A l'international, Barack Obama fait déjà face à des difficultés comme la Corée du Nord qui menace d'effectuer un tir de missile, ou encore les relations avec les Palestiniens qui risquent de se tendre avec l'élection du nouveau Parlement israélien, peu enclin au dialogue. Sur le plan intérieur, les défis sont essentiellement économiques. Obama va devoir rassurer les marchés tout en conservant la confiance du contribuable. La National Review parlait récemment de «victoire amère» d’un Obama «qui avait promis du changement, de la transparence et du bipartisanisme» et qui a «forcé dans la précipitation un texte de 1.400 pages sans le soutien d’un seul représentant républicain» à la Chambre des représentants.