Allemagne : Pour la première fois une femme va diriger un grand groupe allemand

PREMIER PAS L’Espagnole Belén Garijo a été nommée ce week-end pour prendre la tête du laboratoire Merck. Elle devient la première femme à diriger seule une entreprise du Dax 30

20 Minutes avec AFP
L'Espagnole Belén Garijo prend la direction du groupe Merck.
L'Espagnole Belén Garijo prend la direction du groupe Merck. — Mel Evans/AP/SIPA

Alors que sur le plan politique l’Allemagne est dirigée depuis 16 ans par Angela Merkel, il aura fallu attendre 2021 pour voir une femme prendre la direction d’un grand groupe du pays. Le laboratoire Merck est devenu ce week-end la première grande entreprise du Dax 30, l’indice vedette de la Bourse de Francfort, à nommer à sa tête une femme, l’Espagnole Belén Garijo.

« Pour moi, il est plus important de ne pas être la dernière femme à la tête d’une entreprise du Dax », « que d’être la seule », a confié cette médecin de formation, âgée de 60 ans, dans un entretien au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung. Entreprise familiale installée à Darmstadt, au sud de Francfort, Merck n’a jamais connu de patron féminin en 350 ans d’existence. Belén Garijo va succéder à Stefan Oschmann, 63 ans, qui a dirigé le laboratoire pendant cinq ans.

Un groupe boosté par le Covid-19

Cette mère de deux enfants va prendre les rênes d’un groupe solide financièrement. Il a en effet dégagé l’an dernier un bénéfice net de près de 2 milliards d’euros et est à l’avant-garde de la lutte contre le Covid-19. Il est ainsi fournisseur de fabricants de vaccins tels que l’alliance Biontech-Pfizer. Belén Garijo dit devoir sa nomination uniquement au fait d’avoir travaillé « dur » tout au long de sa carrière et d’avoir saisi les opportunités « quand elles se présentaient ».

Si les rares femmes siégeant des directoires allemands coiffent le plus souvent des fonctions de ressources humaines ou juridiques, qui ne les positionnent pas idéalement pour accéder à la direction suprême, Belén Garijo s’est rapidement imposée. Elle a tenu la barre du pôle santé de Merck et, avant de faire son entrée en 2011 dans le groupe, elle avait dirigé les opérations européennes de Sanofi-Aventis.

Discussions autour des quotas

Toutefois, la nouvelle dirigeante rejette l’idée en débat de quotas de femmes imposés dans les instances de direction, se disant « contre toute forme de discrimination, y compris la discrimination positive ». Selon un projet de loi sur lequel le parlement allemand doit encore se prononcer, au moins une femme devra obligatoirement siéger dans les directoires des grandes entreprises comptant plus de trois membres. Soixante-treize entreprises seraient concernées par le changement de règle, dont trente-deux ne comptent actuellement aucune femme dans leur instance de direction, selon le ministère allemand de la Famille.

Ce texte stipule aussi que les directoires de sociétés où l’Etat est actionnaire majoritaire devront compter 30 % de femmes au moins. La date butoir de fin décembre 2025 est avancée. En 2016, l’Allemagne avait déjà poussé les entreprises à féminiser leurs conseils de surveillance. La part y est désormais de 35 %. En revanche dans les directions exécutives, les directoires, les résultats se font attendre, d’où le texte de loi.